Le premier week-end de la convention citoyenne : où tout le monde apprend en marchant

J’ai donc participé (de l’intérieur) à la première session de la convention citoyenne régionale lancée par l’Occitanie et j’y ai appris (ou révisé en express) quelques éléments que je souhaite partager ici.

Le fait régional

Premier élément : c’est un enfer que d’expliquer le rôle d’une région en si peu de temps.

Une commune, on sait ce qu’elle fait : l’état-civil, les écoles, la culture, les ordures, la tranquillité publique, c’est le quotidien.
Un Département, même si tout le monde ne le sait pas, c’est finalement facile à raconter : c’est la collectivité de la solidarité, celle qui t’aide à faire face aux évènements de la vie heureux (naissance) comme difficiles (handicap, dépendance).
Une Région, c’est bien plus dur à caractériser. La Région intervient sur tout ce qui concoure à ce que la vie économique et sociale du territoire se déroule au mieux. C’est une collectivité d’abord pour les « acteurs », et en deuxième rideau, seulement, pour les gens.

Les citoyens à qui on a décrit ce qu’était la Région Occitanie ont donc découvert, pour la plupart, le financement de l’économie, de la formation, des transports, etc. Ils nous ont d’ailleurs renvoyé qu’il était anormal qu’il ne l’ait pas su jusqu’ici.
Et c’est là où on touche à la vraie particularité des Régions : malgré sa force de frappe budgétaire importante, l’impact d’une Région se fait uniquement à travers des partenariats et l’encouragement d’actions qu’elles jugent bénéfiques au territoire. Il faut donc fédérer les énergies et essayer de les canaliser sur des objectifs ambitieux, sans toutefois oublier les réalités locales si on ne veut pas que des territoires décrochent. Une fois qu’on a réussi ça, il reste peu d’énergie pour communiquer… Le fait régional est difficile à faire passer, dans les faits !

Il nous appartenait tout de même d’essayer. J’ai beaucoup travaillé sur un « carnet de voyage » remis aux membres de la convention qui tentait de rendre tangible cette réalité. La deuxième session nous dira si j’ai réussi ou non à créer cette appropriation, s’ils l’ont lu pendant ces 15 jours…

Le « carnet de voyage » en situation – photo piquée à Mathilde Imer de Démocratie Ouverte

En attendant, le fait régional, c’est aussi que, dès le vote de son budget 2021, la Région Occitanie pourra appliquer des idées de la convention citoyenne qui se sera réunie 2 mois avant. Là où les premières mesures de la convention citoyenne sur le climat ne sont pas prêtes de sortir à mon avis (non pas spécialement faute de bonne volonté, mais vu les circuits d’élaboration de l’action publique auxquelles elle seront soumises).

La légitimité citoyenne

Deuxième écueil à surmonter, le sentiment d’illégitimité. « En quoi notre avis est-il intéressant ? » nous ont renvoyé les membres de la convention.
C’est une bonne question, pas évidente non plus à appréhender.

Dans le design, on sait depuis l’an 2000 et l’article de Jakob Nielsen « Why You Only Need to Test with 5 Users » qu’un panel n’a pas besoin d’être très important pour apporter des visions utiles à la conduite d’un projet. Cet article démontre qu’à partir de 5 utilisateurs, 80% des problèmes d’usages sont connus. Alors effectivement ici, on ne parle pas d’usagers mais de citoyens et on ne cherche pas seulement des problèmes d’usages, mais le panel est 20 fois plus grand. Et il a été sélectionné pour ressembler à la population de la Région (département d’origine, genre, …). Il porte donc en lui une certaine représentativité…

La notion de représentativité a d’ailleurs été assez bien comprise par les participants de la convention. Mais leur légitimité vient d’ailleurs.
D’abord, du mandat qui leur est donné : on leur demande un avis de citoyens, pas de se transformer en mini-experts (c’est le risque des panels citoyens, mais les équipes d’animation de la convention sont rompues à l’exercice). C’est un écueil important, que j’ai pu vivre quand j’ai organisé dans la collectivité où je travaillais des panels où les citoyens se sont pour partie mués en experts. Mais c’était il y a 12 ans, on a progressé depuis.

Des templates, des post-it,du café : mais c’est que ça a bossé !

Leur légitimité vient ensuite, de leur travail. Au moment où ils rédigeront un avis, il aura tout pour être un avis éclairé : ils auront travaillé les sujets, rencontré des praticiens et des experts, eu l’opportunité de se forger une opinion et… d’en débattre.
C’est d’ailleurs ce débat la source principale de leur légitimité. Quand 100 personnes représentatives d’un territoire débattent d’un sujet, prennent le temps d’émettre des jugements, de les confronter aux autres et de trouver des terrains d’accord (fussent-ils pour acter des désaccords), il est permis de se dire que leur avis sera précieux. Il constituera une photographie la plus proche possible de ce que pense la population de l’Occitanie, ou plus exactement de ce qu’elle penserait si elle avait bossé les sujets. C’est inestimable.

La condition pour que le débat soit bon est donc qu’ils restent eux-mêmes, et se forgent une opinion en fonction de ce qu’ils sont, de leurs origines, de leurs convictions, puis de ce que la délibération avec les autres aura permis d’affiner dans leur jugement.

Une équipe au service du débat

Qu’il s’agisse des spécialistes recrutés pour organiser le débat, des agents de la Région qui ont animé eux-mêmes les tables, des garants et personnalités extérieures (indépendants de la collectivité) qui interagissent avec l’équipe d’animation et la Région, ou encore de l’équipe qui gère les conditions matérielles (en période Covid, un défi gigantesque !), tout le monde s’est mis pleinement au service de la réussite de cette première convention citoyenne régionale.

L’équipe d’animation en plein tri des propositions des membres de la convention

Comme je l’expliquais dans mon précédent papier, cette convention est la suite logique d’un engagement régional pour le développement de la citoyenneté au niveau de la Région, mais c’est aussi une expérience incroyablement riche pour tout le monde. Elle est utile au Conseil régional pour orienter son plan de transformation régional suite à la crise, mais elle l’est également pour tout ceux qui promeuvent l’idée qu’être citoyen, ce n’est pas seulement voter une fois tous les 5 ou 6 ans, ou militer sans relâche dans une association, un syndicat ou un parti politique. Il faut inventer de nombreuses autres formes, et celle-ci en est une.
L’équipe est consciente de ce fait, et pour avoir passé une partie de l’intersession à travailler sur la façon de retranscrire et d’approfondir le travail de la première session, je dois dire la force de travail mobilisée pour réussir quelque chose à Montpellier ces 24, 25 et 26 septembre, puis à Carcassonne le 3 octobre prochain.

Quelque chose de plus grand que nous

En tout cas, que les inquiets qui voyaient dans cette convention une tentative de manipulation (j’ai vu un ou deux tweets comme ça, si si…) se rassurent : c’est clairement impossible. 100 citoyens à qui on donne la parole, il n’est pas question de la museler ensuite. Les critiques sont allées bon train quand on a fait des points de situation, les compliments aussi d’ailleurs (notamment sur la disponibilité des agents régionaux qui se sont rendus disponibles pour répondre à leurs questions), mais personne ne se sent manipulé. En fait, on a tous l’impression de vivre quelque chose de plus grand que nous et nos intérêts du moment. Même dans les propositions des membres de la convention qui sont en l’état inexploitables (faute de compétence régionale, dans la grande majorité des cas), apparaissent une vision d’une volonté de faire société d’une très grande maturité qui nous ramène au sens premier de notre engagement pour le service public.

Et ça, ça le fait à chaque fois. Ici un peu plus fort, vu le nombre de protagonistes, mais comme d’habitude, on redécouvre que les citoyens ont énormément de choses à nous apprendre, dès lors qu’on se donne la peine de les écouter.

La convention citoyenne d’Occitanie pour augmenter le plan de transformation régionale

Jeudi 10 septembre prochain, à l’Hôtel de Région de Toulouse, 100 citoyens d’Occitanie tirés au sort vont se pencher sur le plan de sortie de crise du Conseil régional. Ce sera une démarche originale – une première au niveau régional – mais aussi logique au regard de la dynamique enclenchée depuis 4 ans du côté des innovations démocratiques.

Je me suis retrouvé embarqué dans cette aventure un peu par hasard, et je vais essayer de la raconter pendant le mois qui vient, en essayant de garder une certaine distance, malgré ma participation active. La « documenter », comme on dit dans nos métiers.

l’aboutissement d’une démarche globale

Quand on veut susciter de la participation citoyenne dans une Région, un élément supplémentaire s’impose par rapport aux communes ou aux départements : la superficie. L’Occitanie, c’est 72 000 km² (13 pays de l’Union européenne sont plus petits…).
De ce fait, les concertations sont difficiles à mener, il faut faire appel au numérique le plus souvent. La Région Occitanie a monté ainsi ses dispositifs dès le lendemain de sa création en 2016 pour donner la parole au citoyens. :

  • budgets participatifs aux montants conséquents,
  • consultations en ligne,
  • commissions citoyennes,
  • et un dispositif de votation d’initiative citoyenne lancé récemment .

Par ailleurs, elle a intégré le design de services et les usagers dans ses processus de création ou revisite de politique publique, et cherche à associer les citoyens « en vrai » quand elle le doit. Ainsi, pour sa démarche de prospective « Occitanie 2040 », elle a monté un Mooc pour informer largement les citoyens qui pouvaient réagir en ligne ou dans des ateliers. Une première.

Bref, on est loin d’une démarche qui sort du chapeau : la Région s’intéresse aux usagers et aux citoyens de façon régulière . Ce qui rend d’autant plus intéressant l’exercice, avec des acteurs qui ont compris l’enjeu de la participation citoyenne et sont capables de laisser les choses se faire sans multiplier les biais.

Une convention citoyenne régionale pour éclairer le « comment faire »

Aujourd’hui, avec Occitanie 2040, la vision des futurs envisageables est écrite, reste à choisir le chemin pour arriver au meilleur possible.

La convention a pour objectif d’obtenir un avis citoyen éclairé sur les mesures qui peuvent permettre à la région de faire face aux enjeux des prochaines années.
Les enjeux, tout le monde les connaît, et ils sont apparus d’autant plus forts à l’occasion de la crise sanitaire.

L’idée dans ce cas est que pour faire le tour de la question, on a besoin des experts, mais on a aussi besoin de débat. Parce ce n’est pas tant ce qu’il faut faire qui est ici important, mais comment on va le faire.

Philippe Silberzahn vient de rappeler dans un article récent : Transformer le monde: quelle leçon tirer de l’aveu d’impuissance de Nicolas Hulot? (ce dernier étant ciblé du fait de son récente interview dans Paris-Match, mais c’est valable un peu pour tout le monde…).

Il y cite fort à propos Saul Alinsky, qui résume les choses ainsi :  » Que nous acceptions le monde tel qu’il est n’affaiblit en rien notre désir de le transformer en ce que nous croyons qu’il devrait être – il est nécessaire de commencer là où le monde est si nous voulons le transformer en ce que nous croyons qu’il devrait être. « . Être volontaire n’empêche pas d’être pragmatique : il faut trouver les dosages, accepter les compromis, partir du monde réel pour construire une démarche qui sera couronnée de succès.

Dans ce cadre, écouter un panel représentatif de citoyens qui a fait l’effort de comprendre la situation est un choix intéressant : la clé du comment, c’est certainement eux qui la détiennent, au sens où ils sauront dire ce que les citoyens peuvent entendre dans les changements à mener, ce sur quoi il faut les accompagner et là où se dressent des obstacles dans les comportements et les convictions. Mais aussi (et c’est beaucoup plus le cas qu’on ne le croit), sur quels sujets ils sont très en avance sur les institutions. En tout cas, je ne vois pas de façon de s’approcher plus de ce que pourrait penser une opinion publique éclairée dans sa globalité.

une convention citoyenne régionale, des idées à l’action

L’avantage de réaliser une convention citoyenne à ce niveau de décision, c’est que les effets peuvent être bien plus rapides que ce que l’Etat peut produire. Les Régions ont la main sur l’économie, et peuvent donner des orientations claires à travers leurs financements, favoriser des choix, des stratégies, des investissements. En outre, elles coordonnent l’aménagement du territoire, s’occupent de formation des adultes et de mobilités.
Ce qui sera produit par les citoyens en Octobre nourrira la votation citoyenne qui suivra dès novembre (j’y reviendrais) comme le Plan de transformation qui sera voté à la suite (avec ses engagements budgétaires immédiats).
De la réflexion au plan d’action en circuit court.

Ce sera une des grandes différences avec la convention citoyenne pour le climat, dont les propositions doivent entrer dans un agenda gouvernemental, puis vivre le parcours traditionnel d’un projet de loi depuis les premières esquisses jusqu’aux décrets d’application en passant par les débats et votes des deux Assemblées. Ce qui se compte en mois, voire en années…

La première session qui débute jeudi sera l’occasion pour les membres de la convention de prendre la mesure des enjeux, géographiques, économiques, sociaux, environnementaux, …
La seconde celle d’approfondir la vision en auditionnant des personnalités extérieures choisies par les membres de la convention,
Enfin le dernier samedi, en octobre, permettra aux membres de la convention de présenter leur avis.
Comme praticien de la participation citoyenne depuis 15 ans, j’ai hâte d’y être..

Parler d’innovation publique à son boss

…quand il a rien demandé

A la fin du Mooc innovation publique, les participants nous ont demandé comment parler de tout ça à leur chef. Alors on y a consacré une séance en ligne. Ce papier va revenir sur ce qui y a été raconté.

Bon d’abord, il faut bien comprendre un élément de départ : le Mooc Innovation Publique du CNFPT ratisse large. Cette fois-ci, 3800 participants.

Au clap de fin du Mooc, 3830 inscrits. C’est notre meilleur score , puisqu’on dépasse de peu la première édition.

La conséquence, c’est qu’on descend un cran en dessous de d’habitude : là où les réseaux d’innovation s’adressent aux staffs des collectivités ou des acteurs publics, nous nous adressons à leurs agents, y compris complètement isolés dans les collectivités ou des services qui y sont hostiles ou pire, indifférents.

Une demande des participants

Le 18 juin, notre avant-dernier webinaire de la saison était une séance de bilan pédagogique. Cela nous permet (les animateurs) d’avoir des feedbacks et de s’améliorer, et en même temps ça oblige les participants à un retour sur ce qu’ils ont pu apprendre et comment ils vont s’en servir (on parle alors de réflexivité, ma fréquentation assidue des pédagogues m’a appris ça). Et ce besoin de « raconter » l’innovation publique nous est remonté comme jamais. Notamment, on l’a compris vite, de la part d’agents publics qui ne bénéficient d’aucune écoute en interne sur le sujet.
Nous avons donc décidé de consacrer notre dernier webinaire de début juillet à la question, et cherché à co-construire un outil d’aide à la prise de parole sur la question. Le scénario est rodé : nous envoyons quelques questions, les participants (en l’espèce une cinquantaine cette fois-ci) donnent leur point de vue et on met en commun en ligne.

Voici donc un retour sur cette séance.

Tout d’abord : faut-il vraiment en parler ?

Y a ceux qu’en parlent, y a ceux qu’en font (*) ! La premier débat portait donc sur les moyens de faire les M. Jourdain de l’innovation publique en instillant des pratiques nouvelles dans le quotidien du travail, sans en faire tout un plat. Je proposais donc des premières pistes au suffrage des participants (faire un schéma au tableau pour créer une vision partagée en réunion, inventer un persona ou deux pour éclairer une présentation, trouver un prétexte pour aller sur les terrain…), histoire d’amorcer la pompe des idées, puis donner la parole sur les bonnes (et les mauvaises) idées. Le résultat est là :

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Dans les propositions, revient la facilitation graphique (qui fascine de plus en plus de gens) et plein de petits trucs intéressants. Dans les choses à bannir, l’utilisation d’un outil pas adapté, car c’est la gamelle assurée (oui mais comment savoir ? On le sait avec l’expérience, au début on tâtonne forcément, c’est la glorieuse incertitude du sport !).
Je retiens aussi cet espèce de désir de brise-glace, qui me renvoie à ma perplexité à leur encontre. Celui (présenté ci-dessus) où on propose aux gens de poser leurs idées dès l’arrivée, et on commence la réunion en partant de cette base me plait pourtant beaucoup.

Des sujets propices a l’innovation publique

Pour préparer cette question, j’ai pu me référer au travail réalisé pour cet article : Quand utiliser l’innovation publique – mémo à l’usage des décideurs publics. J’ai donc repris les cas que j’avais imaginé à l’époque, pour leur en faire la proposition. J’obtiens beaucoup moins de oui dans les réponses que dans la première série de proposition, preuve que cela nécessitait ce débat.
Les réponses des participants sont encore très intéressantes. Notamment, ils mettent facilement en avant qu’un sujet dont on a déjà la réponse mais où on veut faire genre on a travaillé avec les citoyens est forcément un mauvais sujet !

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Des conditions à réunir

Quand IDEA, l’école de design thinking de Centrale et l’EM Lyon s’est lancée, ils avaient réalisé un Mooc que j’avais suivi. Un des grands apports pour moi avait été la théorie de l’effectuation que Philippe Silberzahn exposait sur 2 ou 3 vidéos, et sur laquelle il revient régulièrement sur son blog. Elle explique comment l’entrepreneur mène son projet, en prenant les vents porteurs, quitte à modifier son point de vue.
L’atelier sur les conditions à réunir se basait donc sur 4 des 5 composants de l’effectuation ( Démarrer avec ce que vous avez / Raisonner en perte acceptable / Obtenir des engagements / Tirer parti des surprises), le 5° étant difficile à formuler de façon interrogative. C’était donc pour moi l’occasion de les renvoyer sur les travaux de Silberzahn. Même si le contexte est quelque peu différent dans l’action publique, on a beaucoup à apprendre de cette théorie.

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C’est sans doute le sujet sur lequel le partage d’expérience s’est révélé le plus fécond. Forts de l’anonymat, les praticiens de l’action publique qui nous suivaient se sont lâchés et ont dit des choses très intéressantes. Chacun a quelque chose à piocher dans la liste des conditions favorables et celle des défavorables qui ont été constituées là (et que vous pouvez lire en cliquant sur l’image au dessus).

Le contenu de la note au supérieur évoquant l’innovation publique

A un moment ou un autre, dans la vie d’un fonctionnaire, vient le moment où il faut rédiger une note. Nous avons donc débattu de ce qu’il fallait mettre dans cette note. Mes propositions étant très basiques, c’est dans les réponses des participants qu’il faut aller chercher des bonnes idées

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Ce qui m’a marqué dans ces propositions, c’est les réponses autour de la question de la quête de sens et de l’envie des agents. Venant juste après le confinement, je ne sais pas s’il faut faire un lien ou si cet enjeu serait ressorti pareillement sans le Covid 19, mais il revient beaucoup. Une satisfaction par ailleurs : nous avons bien réussi à faire passer l’idée qu’il faut employer un vocabulaire simple et pas des « mots à la con » (c’est chez moi le reste d’un traumatisme à la suite de la lecture de l’article « Hey, co-concevons le reprototypage du fonctionnaire en bottom-up » que je vous recommande).

Et si… c’était pas une note ?

Évidemment, il existe plein d’autres formes possibles, j’en proposais quelques unes, les participants également. Je ne sais pas si c’est bien original, mais il fallait bien boucler cette séance.

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Sur ce slide, vous pouvez lire un mot de la fin que j’ai trouvé particulièrement pertinent. En résumé, il pose la question : quand est-ce qu’on arrête d’essayer de convaincre parce qu’on y arrivera pas ? J’essayerai de m’astreindre à répondre à cette question … une autre fois !

En plus de tout ça, j’avais réuni des documents de tout ordre pour les aider à bâtir leur argumentation (une brochure du Nesta, des articles de la Gazette, etc.) dont un document que j’ai dû réaliser en 2011 pour l’exécutif du Conseil régional des Pays de la Loire avant qu’on ne s’engage dans une « Transfo » avec la 27° Région. C’est un espèce d’abécédaire, qui, 10 ans après, a à peine vieilli, et qui montre au passage qu’on peut trouver des formes nouvelles en restant dans le domaine unique du verbe. Allez, c’est cadeau, c’est ici.

Si vous voulez suivre cette heure (en fait 1h23, on a débordé) de restitution/débat : c’est en dessous.

(*) dit celui qui a fait son métier d’en parler…

De la convention citoyenne et de sa légitimité

Quand j’ai vu le bashing contre la convention citoyenne pour le climat, je me suis fait la réflexion que décidément les enjeux environnementaux avaient du mal à se faire comprendre.

J’ai lu les mesures, je les ai trouvés … normales. Oui c’est certainement à peu près ça qu’il faut faire. A titre personnel, je suis encore plus anti-voiture et beaucoup moins anti-avion (que je ne prends que contraint et forcé par ailleurs), mais pour le reste, oui.

Les gens comme moi, c’est-à-dire les gens très conscientisés, plus ceux-qui-ont-plus-peur-pour-demain-que-peur-pour-aujourd’hui ont applaudi, les opposants à tout, les gardiens du dogme de la croissance ininterrompue plus ceux-qui-ont-plus-peur-pour-aujourd’hui-que-pour-demain ont hurlé, rien inattendu. Au milieu, les gens ont assisté, incrédules, à ce spectacle médiatique, un de plus.
Au passage, j’aime bien ce clivage entre les gens dont les peurs ne se situent pas dans les mêmes espaces-temps. Il permet de relativiser le camp des bons et celui des méchants dans cette histoire.
Que des gens qui dépendent de leur voiture pour vivre, ou qui ont du mal dans se projeter dans le fait d’avoir moins que le peu qu’ils ont, ne se retrouvent pas dans les propositions des conventionnels, rien de plus normal et de plus compréhensible. Il s’agit de dessiner les contours d’un futur vivable pour qu’ils puissent s’y rallier, ils endurent beaucoup trop de choses en l’état pour accepter tout ex abrupto.

Et puis, une fois le bruit médiatique passé à autre chose, j’ai commencé à voir apparaître un autre son de cloche. Des associatifs qui se sentent floués par l’appel direct au citoyen : « Comment ça, je milite depuis 20 ans et on accorde plus de crédit à 150 personnes dont on ne sait rien, est ce bien sérieux ? » (je résume le point de vue). Et j’ai relu l’avis différemment, ce qui m’a permis d’en relever la limite

Flash-Back

Faisons un détour par 2008. A ce moment, l’exécutif régional décide de convoquer quatre panels citoyens dans le cadre de la préparation de l’agenda 21 (des Pays de la Loire, donc, où je travaillais).

L’estuaire de la Loire, sujet d’un panel citoyen

Je ne me souviens pas des 4 sujets de panels citoyens, mais celui sur lequel je veux revenir concernait l’Estuaire de la Loire. C’est un espace de tension très particulier entre économie et environnement. D’une richesse écologique incroyable, il accueille également les fleurons de l’industrie régionale : aéronautique, construction navale, port autonome et son hinterland immédiat, etc. Notre question était (peu ou prou) : A notre place, vous feriez quoi ? Vous choisiriez l’économie ou l’écologie ? Ils ont écouté des experts 2 week-ends, et rédigé un avis le troisième. Et leur réponse a été : « on sait pas, à vous de faire le choix, mais faites en un et assumez-le ».

La Région leur demandait un avis d’expert, il nous ont rendu un avis citoyen : faites votre travail, et arrêtez de ratiociner.

Sur le moment, cette réponse m’est apparue comme un échec. Alors qu’en fait, c’est la question qui contenait l’échec en elle.
Les citoyens sont restés à leur place, de citoyens. Et pour éviter qu’ils nous répondent ainsi, le plus sage aurait été de leur demander un avis de citoyens. Et pas un avis d’experts.

Un avis de citoyens, pour une convention citoyenne

Quand on va voir les usagers des services publics, on recherche leur expertise d’usage. Bien entendu, leur opinion, leur imaginaire viendra interférer (et c’est tant mieux) mais notre démarche est claire.
Quand on demande leur avis à des citoyens, quand bien même élève-t-on leur niveau d’expertise sur un sujet, il est certainement bien plus raisonnable de leur demander un avis de citoyen qu’un avis d’expert.

Les panels sont censés être représentatifs (ils le sont, je me souviens de la difficulté de respecter tous les critères dans les compositions). Les faire débattre d’un sujet est donc l’opportunité d’obtenir une photographie assez juste de l’état de l’opinion, mais d’une opinion qui aurait été informée honnêtement des tenants et des aboutissants d’un sujet. Cet avis est donc précieux, s’il est sensé.

Les questions devraient donc certainement plus s’orienter vers des choses comme : comment faire pour prendre les mesures nécessaires pour…, quelles conditions faut-il à votre sens réunir pour…, qu’est ce qui vous semble marquant et décisif dans la constitution de votre point de vue sur le sujet … ? Plus que des « Que faut-il pour… ». Ne faisons pas comme si les experts n’avaient pas travaillé, et comme s’il n’y avait pas un état de l’art. Après, les opposants et les gardiens du dogme ont beau jeu de mettre en doute la légitimité de la convention citoyenne, quand bien même elle s’est déroulée dans des conditions irréprochables d’un point de vue déontologique.

Sur un avis citoyen, la question de la légitimité se serait posée différemment : il est difficile de reprocher à un citoyen d’avoir émis un avis au nom de sa citoyenneté, et encore moins à un panel qui a travaillé et débattu d’avoir émis un avis qui exprime une vision citoyenne construite.

2° tour des municipales en juin : reprendre ensuite contact dès que possible avec les citoyens

Dans un contexte de défiance générale envers les institutions, «Le maire est le seul élu qui conserve la confiance des Français», et cette élection, si elle se déroule vraiment(*), pourrait fragiliser durablement cette relation, étant donné les conditions dans lesquelles elle va se tenir.

Etait-ce la meilleure solution que de faire le second tour des municipales en juin ? Dorénavant peu importe. Mais l’impératif institutionnel pourrait avoir un dommage collatéral : la confiance dans les élus locaux. Reprenant là où ils l’ont laissé une campagne électorale conçue avant la crise sanitaire, les candidats à l’élection municipale seront de fait en décalage avec les nouveaux sujets de préoccupation de leurs électeurs.

Il va donc falloir, une fois l’élection passée, retourner voir les citoyens, en long, en large et en travers.

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Apprendre des choses nouvelles : veille créative et sérendipité en temps de confinement

En 2010, un jour, le Directeur Général des Services des Pays de la Loire (où je travaillais alors) m’a dit : Le Président veut qu’on fasse de la prospective territoriale, mais en associant les citoyens. J’ai une direction qui sait gérer la prospective, toi tu sais « gérer » les citoyens, allez-y, faites moi Pays de la Loire 2040.
L’exercice précédent de prospective régionale était assez convenu, je voulais faire plus Rock’n Roll. Mais par où commencer ? Par apprendre des choses nouvelles. Et comment faire ? J’en savais rien, alors j’ai inventé.
Sans avoir particulièrement de méthodes, je me suis façonné une veille qui me permet, encore aujourd’hui, de faire arriver jusqu’à moi des sujets que je n’imaginais pas, mais qui m’intéresse, notamment professionnellement.
Je me suis dit que certains d’entre vous avaient un peu de temps ces jours-ci, et que c’est le moment de se muscler sur un sujet ou un autre, histoire de mettre à profit le temps de confinement. Alors voilà.

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Shape Up : une méthode pour innover ?

Je le dis à qui veut bien l’entendre depuis toujours : il n’y a pas de méthodes d’innovation, ou en tout cas les méthodes existantes répondent à des situations spécifiques qui les rendent le plus souvent inexploitables dans l’action publique. Je ne reprends pas, et puis Philippe Méda a tout dit il y a 8 ans dans son article : l’échec des méthodes d’innovation .
Oui mais là, avec « Shape Up », on tient quelque chose. Est-ce enfin le Graal, la méthode universelle à proposer à nos clients (qui le demande tous, et à qui nous expliquons à chaque fois qu’elle n’existe pas)?

Lire la suitE

Alors, design des « politiques publiques », ou design de « l’action publique » ?

Le premier livre qui concernait le design des politiques publiques en France, sorti en mars 2010 par la 27° Région à la Documentation française s’appelait… « Design des politiques publiques » . Aujourd’hui, même si le terme demeure, on parle plus de design de l’action publique, comme dans les propositions des assises nationales du design ( page 51).
Coïncidence ? Je ne le crois pas.

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« Vous mentez aux gens »

C’est ainsi que Thomas Troadec, sociologue et photographe, s’est adressé à nous le 11 octobre dernier (j’étais avec Cécile Joly de la mission innovation du CNFPT) dans une journée consacrée à la recherche sur les universités d’été de l’innovation publique.
Il voulait dire par là que nous « vendrions » aux acteurs publics l’existence d’un mode opératoire innovant, plus proche du terrain et plus opérant, alors que notre objectif est une transformation profonde de leur pratique professionnelle au service d’un projet de société plus horizontal, empathique, résilient, frugal, que sais-je encore.
Nous aurions un agenda caché…

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Un seul Internet vous manque et tout est compliqué.

Je n’ai plus Internet depuis une semaine. En plein centre de la 6° ville de France, Nantes. Est-ce que si c’était l’eau, le gaz ou l’électricité, je serais resté une semaine dépourvu ? Je ne le pense pas. Est-ce normal, 7 jours sans Internet ? Je ne le pense pas.
Parce que, soit on parle d’un service public ou quelque chose qui s’en approche, puisque l’Etat et plus largement les pouvoirs publics s’appuient sur lui pour transformer leur administration, et une forme de continuité du service public s’impose, soit ce n’en est pas un en l’état et on arrête la dématérialisation tant qu’on a pas réglé ça.

Screen issu d’un reportage de Line Press à Nantes samedi dernier
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