La prospective pour être pro-actif au quotidien

Le 8 août dernier, je publiais sur Linkedin un petit article qui prônait l’achat de détecteur de CO2 et de filtres HEPA. Sur la base de ma veille sur le virus, j’en arrivais à cette conclusion simple, qui s’avérait être un bon conseil (peu suivi par ailleurs).

J’écrivais notamment : « Je pense notamment que les collèges, où se mélangent des gamins entre 10 et 16 ans, qui sont vaccinés ou non-vaccinés, devraient s’équiper avant l’hiver« .

Ce conseil s’appuyait sur des techniques simples de prospective, en l’espèce l’élaboration de scénarios. Comme quoi, la prospective, ce n’est pas seulement des spéculations à long terme sur des sujets qui ne nous concernent pas.

Parlons un peu technique

Elaborer un scénario, ce n’est pas bien compliqué. L’excellent site atelierdesfuturs.org en donne même une modélisation limpide dans son article : Comment construire des scénarios en suivant une approche mathématique ?

C’est l’étape 1 qui demande le plus de travail : analyser l’écosystème thématique. En l’espèce, un client m’avait demandé de travailler sur les conséquences du Covid sur les champs de compétences de sa collectivité, je l’avais donc fait : tendances lourdes, ruptures possibles, signaux faibles.

Les facteurs clés, eux étaient simples à déterminer :

  • l’aérosolisation du virus et de ce fait, les infections qui se font principalement dans les endroits confinés,
  • l’arrivée du variant Delta qui faisait passer la vaccination de « solution définitive » à « facteur positif face aux dangers graves » du virus,
  • l’absence de vaccination mondiale, et la probabilité de voir émerger de nouveaux variants,
  • le fait qu’il allait quand même falloir continuer à vivre, se déplacer, travailler, étudier, se divertir.

Le développement de projections futures était finalement assez simple : peu de chances qu’une mutation arrête l’aérosolisation du virus ou aille dans le sens d’une plus grande sécurité des vaccins. Quant à la vaccination mondiale…

Bref, il était écrit que nous allions devoir vivre avec ce virus, et nous y adapter, adapter nos habitudes, nos bâtis, etc. Tous les scénarios convergeaient vers cette réalité…

Entrevoir ce qui va arriver, c’est bien, savoir y remédier, c’est mieux. Et là encore, une attitude prospective nous permet de progresser.

L’attitude prospective

Ainsi, quand on fait de la prospective, on cherche également dans le passé des analogies pour s’en inspirer. En l’espèce, on a beaucoup parlé de la grippe espagnole, mais c’est plus vers la tuberculose qu’il faut regarder, étant donné les caractéristiques de la maladie. Et là, que voit-on ?

En attendant de reconstruire des salles de réunions, des salles de spectacles et des établissements scolaires, il fallait bien chercher d’autres solutions. Quelques recherches amenaient à la filtration (comme dans les avions) et à la détection (grâce aux capteurs CO2), comme le font les pays asiatiques qui ont l’expérience du SRAS 2.
Pourquoi détecter et pas s’en remettre uniquement au protocole sanitaire (ouverture 5 minutes toutes les heures) ? Parce que le protocole est le même pour tout le monde, et les salles sont toutes différentes, en taille, en ouverture, en nombre de personnes qui s’y trouvent. Et que lorsqu’on donne un cours ou anime une réunion, on a pas forcément la tête à ouvrir la fenêtre. Le capteur (qui bipe quand la concentration de CO2 est trop forte) fait ainsi le travail d’attention à la place de l’enseignant ou de l’animateur.

Quelques collectivités ont fait le choix de s’équiper, la plupart sont restées dans l’attente d’instructions précises et de budgets alloués. Aujourd’hui, le résultat est là : les salles de classes sont à moitié vides et on ouvre des centres de dépistage exprès pour les élèves des écoles, des collèges et des lycées. Omicron, le variant qui a suivi Delta, a balayé le pays, heureusement, semble-t-il (mais on-n’a-pas-trop-de-recul sur les effets à long terme du virus), sans trop de gravité. S’il avait, en plus de sa contagiosité, la dangerosité de Delta, c’eût été une catastrophe.

L’apport majeur de la démarche prospective

Oui mais quelle différence fondamentale ce travil fait-il avec la simple lecture d’un article, ou l’écoute d’un spécialiste à la radio, qui dit tout ça ?
Elle est fondamentale : on a formé son jugement seul. On a tout bien considéré. Ce n’est pas un point de vue parmi d’autres, c’est celui qu’on s’est créé.
Qui plus est, en mettant le côté les scories et en revenant à l’essentiel. En l’espèce : est ce que c’est bien raisonnable de faire prendre un tel risque à tous nos enfants (et accessoirement nos enseignants et personnels) alors qu’on a une solution à portée de main ? Est ce que dans les dépenses prévues, il y en a une ou deux qu’on pourrait retarder pour équiper les classes et les salles de réunion en capteurs de CO2, et pour celles où il n’y a pas de solutions d’aération de filtres ? Car telle étaient (sont) les questions. Les autres sont subsidiaires.

L’apport majeur de la prospective, c’est donc de sortir la tête du guidon. Quand on est acteur public, tout est fait pour rapprocher la tête du guidon : les procédures, l’urgence, la demande sociale, les difficultés de financement, etc. Il faut donc bondir sur les occasions de s’en éloigner, et la prospective en est une. Simple, concrète, opérationnelle.