Design et incertitude dans l’action publique

Clémence Montagne, de l’école de design de Nantes Atlantique, m’avait convié à une table ronde sur « design et innovation publique », avec Bassem Asseh, le 1° adjoint de la Ville de Nantes et deux jeunes designeuses de talent, Fanny Giordano et Pauline Oger.
Je devais disserter sur un sujet bien conceptuel, « le design comme outil d’aide à la décision publique dans un contexte d’incertitude. » Je me suis réécouté (le film est en bas de l’article), l’essentiel est là, mais le sujet mérite quand même de passer en mode écrit (à l’écrit on peut relire un truc qu’on a pas compris sans perdre le fil de la démonstration, et puis je peux citer mes sources). Alors voilà.

Bon d’abord, j’avais prévu de parler de risque et pas d’incertitude. J’avais écrit un papier sur cette question il y a presque 3 ans, je partais serein. Et puis en fait on m’attendait sur l’incertitude, ai-je découvert peu de temps avant :-).
Or, l’incertitude, c’est pas exactement la même chose. Heureusement, je me souvenais d’un texte de Philippe Silberzahn qui m’a permis d’introduire mon propos sans trop de difficulté. L’image qu’il utilise (et que j’ai fait mienne) est excellente : le risque, c’est comme la grippe, c’est mesuré, documenté, mais l’incertitude ressemble plus à la Covid-19, car on ne maitrise rien, et on avance en tâtonnant (mais on avance, j’y reviens ensuite).

Disserter de l’incertitude est un excellent choix, parce qu’en y réfléchissant, c’est l’incertitude que l’acteur public déteste, et non pas le risque.
Le risque c’est mesuré, documenté, on choisit de le prendre ou pas (comme les emprunts toxiques au début des années 2000, souscrits par plus de 500 collectivités à qui des financiers avaient présenté des jolis tableaux Excel prouvant que le risque était très mesuré, avec l’aplomb qu’ont les financiers).
L’incertitude, par contre, c’est horrible, parce qu’elle contrevient à deux piliers culturels de l’acteur public : l’infaillibilité supposée de l’administration, et la centralité de la procédure dans l’action, la seconde permettant normalement la première.

« L’administration n’a pas le droit de se tromper » est ancré dans l’inconscient collectif de tous les agents publics. Elle est dépositaire, et garante, de l’intérêt général, alors elle doit être juste, et pour cela infaillible. Sauf que face à l’incertitude, c’est non seulement mission impossible, mais c’est un frein à agir.
C’est à ce moment là de mon intervention que j’ai dégainé mon premier dessin , celui du lapin dans la nuit qui traverse la route et stoppe, les yeux dans les phares de la voiture qui lui arrive dessus. Je me suis dit que c’était une bonne métaphore.

C’est globalement ce qui se passe face à deux incertitudes majeures, le réchauffement climatique et la perte de confiance dans les institutions. Il n’y a pas de procédures toutes faites, on est pas sûr ni du résultat, ni de l’accueil possible des mesures, alors on fait pas grand chose de consistant…

La Covid-19 est par contre un bon contre-exemple. On a beaucoup agi face à l’incertitude, on a tâtonné, utilisé les moyens du bord à l’hôpital comme dans les collectivités, en envoyant parfois valser les procédures. Le CNFPT et ses partenaires ont réalisé un site sur les initiatives prises un peu partout dans le pays, Riposte créative Territoriale, et la 27° Région a même essayé d’en tirer des leçons dans un papier prospectif, Six pistes prospectives pour bâtir les capacités publiques post-covid.
Bref, on peut le faire, il suffit de se lancer. Notamment quand c’est moins aiguë, mais au moins aussi dangereux.

Ce qui rend l’incertitude insupportable, c’est qu’elle est complexe, notamment du fait de sa dimension sensible (au sens de humaine). Un problème compliqué, on le découpe en petits problèmes simples qu’on peut régler de façon rationnelle. Un problème complexe n’est pas sécable, c’est un tout qu’il faut embrasser, et les relations entre les personnes, les opinions, les imaginaires, les usages viennent heurter de plein fouet la résolution cartésienne du problème.
C’est là où le design entre en jeu. Le sensible, c’est son domaine.

J’ai donc introduit le concept de désirabilité, que je sais controversé parce qu’issu du design thinking, mais qui résume bien l’idée que l’on doit prendre en compte les dimensions émotionnelles et culturelles dans une problématique. Et cette prise en compte est quand même un des piliers du design.
On comprend comment rendre désirable un objet ou service marchand, mais c’est un peu plus conceptuel quand il s’agit de rendre désirable une procédure, ou une sanction. La désirabilité de l’administration, au premier abord, il faut un peu plus aller la chercher. C’est pourtant possible (grâce à la justice, l’équité, l’authenticité, des choses comme ça par exemple). Ou alors on met partout des chats mignons, comme sur mon dessin.

Au passage, j’ai fait un détour par un élément central du paysage qui influe sur la complexité du monde : Internet.
Avec Internet, les gens ont pris l’habitude de prendre la parole (pour le meilleur comme pour le pire), mais surtout ils ne supportent plus qu’on leur apporte une réponse standardisée, alors que partout des services gratuits leur apporte des réponses contextualisées, voire personnalisées. Si l’acteur public ne veut pas subir son uberisation à son tour, il doit prendre cela en considération (voir mon article de 2017 sur la question, qui parle des travaux de Nicolas Colin et Henri Verdier et notamment de leur ouvrage majeur pour comprendre ce qui s’est passé, l’âge de la multitude).
Là encore, le design peut l’y aider.

Les étapes du design qui réduisent l’incertitude

La deuxième partie de mon propos était donc sur les outils du design qui réduisent l’incertitude. En fait, c’est surtout les postures du design, la culture du design qui réduisent les incertitudes, mais à travers des outils utilisés à travers ses différentes étapes.

En premier lieu, l’étape de compréhension.
J’ai appelé pour cela le designer Jean Patrick Pêché à la rescousse. Dans le Mooc sur le design thinking qu’il avait animé, il délivrait cette maxime :

En voilà une posture qui, paradoxalement, réduit l’incertitude !
D’abord parce que si le problème est mal défini, on va essayer de se muscler sur le sujet, en dehors de son champ de connaissance traditionnel (de son modèle mental, dirait le déjà cité Philippe Silberzahn), et en augmentant sa connaissance, on réduit le champ de l’incertitude. En phase de veille et d’exploration, on va aller chercher là où on ne va pas traditionnellement, dans l’histoire, l’art, les sciences humaines et si tout cela est bien fait, il y a peu de chances qu’on ait raté quelque chose de crucial au sortir de ce tour d’horizon.
Mais au delà du stock de connaissances en tant que tel qu’on peut acquérir, c’est l’ouverture d’esprit qui réduit l’incertitude.
Je suis alors revenu sur la Covid 19. Le modèle mental qui prévalait en matière de risque de pandémie ne prenait en considération ni les auteurs de science-fiction, ni les scientifiques qui nous annoncent la fonte du pergélisol en Sibérie et son cortège de virus oubliés qui seront décongelés, ni même Bill Gates qui en parlait en 2015 ( et pourtant “Ceux qui prédisent le futur sont appelés des futurologues, ceux qui savent quand il arrivera sont appelés des milliardaires” comme le rappelle Stéphane Schultz dans sa newsletter de la semaine). Sans parler des documents stratégiques des services de défense nationale, dont c’est le travail d’imaginer ces cas de figure et qu’ils l’avaient fait.
La pandémie n’était pas un cygne noir (défini par son concepteur, Nassim Taleb comme « un événement de faible probabilité mais à fort impact »), pour qui voulait avoir l’ouverture d’esprit de s’en préoccuper.

vous noterez la thématique « bestiaire » de la conférence.

Une deuxième étape utilisée dans le design agit dans le sens de la réduction des incertitudes, c’est celle de la créativité.
Elle n’est féconde que s’il existe une variété de profils dans le groupe. Dans le fil de la discussion, chacun, en donnant son point de vue, augmente la connaissance des autres. Augmenter la connaissance pour réduire l’incertitude, on rejoint le propos précédent.
Mais en outre, la phase de créativité permet – si elle « encourage les idées folles », comme disent les consultants comme moi dans les ateliers – de faire émerger des idées qu’on délivre aux autres sans en être bien certain. On peut donner libre cours à son intuition, et le groupe s’emparera des idées ou pas. S’il s’en empare, c’est qu’elles méritaient d’être énoncées, quand bien même il n’existait pas de certitudes sur leur bien-fondé autre que l’intuition. Et s’il ne s’en empare pas, c’est pas grave. A noter que l’intuition ne naît pas comme ça : elle est forgé par ses connaissances, ses expériences, ses valeurs. Il faut savoir écouter son intuition.
Ici c’est la méthode, l’intelligence collective, et la posture, la bienveillance face à l’altérité, qui permettent de réduire l’incertitude en permettant de sortir des idées que nous serions incapables d’étayer de façon rationnelle dans l’instant. En augmentant ainsi le champ des solutions possibles, et la probabilité de trouver des bonnes réponses.

Enfin, l’étape du prototypage non seulement réduit les incertitudes, mais elle s’en nourrit.
SI une hypothèse semble incertaine, le prototypage la teste, et « voit ce que ça fait ». Puis l’écarte, ou la garde en fonction du résultat. Si on la garde tant mieux, sinon, c’était juste un test.
Plutôt que des grands discours, j’ai ici pris l’exemple de la mouche dans l’urinoir. C’est un des exemples de nudges qu’on donne souvent. Les hommes visent la mouche dans l’urinoir, placée à un endroit où il va générer le moins possible d’éclaboussures, et les toilettes sont plus propres. Tout cela est très documenté, les sciences comportementales sont passées par là.

Mais, avant qu’on le documente, il a fallu que quelqu’un fasse la démarche de se dire : « tiens, on va coller un sticker d’une mouche dans un urinoir, pour voir ce que ça fait et si ça vérifie notre intuition ». Big up à lui ou elle.
Le prototypage réduit donc les incertitudes en les mettant en oeuvre, à petite échelle d’abord, et en cela c’est un tueur d’incertitudes.

En conclusion (celle que je n’ai pas faite, j’avais peur d’être d’une part long, d’autre part hors sujet), c’est qu’il est temps qu’on utilise le design pour autre chose que refaire l’accueil de la mairie ou refondre les sites web. Le design est outillé pour être utile sur des enjeux autrement plus cruciaux.
Je sais que certains copains commencent à intervenir sur des chantiers plus lourds (je me souviens de l’ami Yoan Ollivier, à une présentation de la 27° Région qui nous parlait d’un chantier au Ministère de l’éducation nationale), mais il est grand temps que se généralise, l’intervention du design au coeur des politiques publiques.
Parce qu’il y a peu d’outils qui appréhendent la complexité et par là même les incertitudes.

Si vous voulez m’écouter, c’est à partir de la 30° Minute, Bassem est avant, Fanny et Pauline après, puis ensuite on débat :

Et encore merci Clémence, c’était cool.

Convention citoyenne Occitanie – 3° session : la sagesse de la foule

L’avis de la convention citoyenne a été transmis le 3 octobre dernier à Carole Delga, présidente de la Région Occitanie par les membres de la convention. Il comprend les attentes des citoyens, leurs préconisations principales pour la Région et des messages pour d’autres institutions que la Région. Et c’est vachement bien fichu (il est téléchargeable ici). Retour sur un processus, et un résultat.

Carole Delga à gauche réagit à l’avis citoyen, qui a été présenté par plusieurs groupes successifs de membres de la convention
La forme

Au soir du deuxième jour de la deuxième session, alors même que la convention avait élaboré quelques 300 propositions tous azimuts (si vous voulez un compte-rendu, il est là), il était impossible de présager d’un résultat aussi construit.

Nul doute que le travail des animateurs a aidé à aboutir à ce résultat, en donnant les moyens à la convention de réaliser le travail de mise en récit de ses propositions. Mais si cette condition (un accompagnement solide) était nécessaire, elle était loin d’être suffisante pour obtenir un tel résultat.

La prise de conscience collective de la nécessité de rendre intelligible le travail de délibération, à travers un texte

  1. ordonné,
  2. mettant en avant l’esprit qui animait la convention
  3. le traduisant par des propositions,

s’est faite tout simplement par le débat entre les membres de la convention.

Il a fallu trancher entre exhaustivité et intelligibilité. Et on est arrivé à un consensus final.
Un truc à donner confiance en la démocratie. Ou à croire aux miracles (allez, on va choisir la première solution).

Il me semble que le déclic s’est fait grâce à un autre travail qui était demandé à la convention : rédiger le projet de « bulletin de vote » de la votation citoyenne. Les précédentes votations sur le site de laregioncitoyenne.fr avaient permis de constater que, passé 5 minutes, les internautes abandonnaient (massivement) en cours leur acte de vote. Donc si on voulait une bonne participation, il fallait faire bref. Condition qu’ils ont réussi à respecter clairement en priorisant

  • une question sur la transition écologique,
  • une sur le rééquilibrage rural-urbain,
  • une dernière sur la citoyenneté,
  • plus le choix d’un prochain grand débat régional parmi une liste de thèmes qui ont traversé les délibérations de la convention.

Pour découvrir, le résultat, c’est ici.
Ce travail drastique de sélection a aidé, me semble-t-il, a opérer des choix de priorisation également dans la présentation de l’avis. On est passé de « choisir, c’est renoncer » qui prévalait jusqu’ici, à « choisir, c’est mettre en valeur » qui permet d’aboutir au résultat obtenu.
En cela, la convention est une expérience démocratique réussie et porteuse d’espoir : si on l’organise, le débat peut exister et être fécond. Un autre monde que celui du clash façon Twitter est donc possible !

Le fond

Sur le fond, l’avis est passionnant.
Une lecture rapide ne permet pas d’en saisir véritablement l’intérêt. Le résumé d’un survol serait : il demande plus d’équité, plus de démocratie, qu’on arrête de produire et manger des cochonneries et le rééquilibrage rural/urbain (et quelques autres choses quand même). Bref, rien de bien nouveau sous le (si grand) soleil (*).
Une lecture plus attentive révèle par contre quelques idées-forces qui méritent qu’on s’y attarde.

Ainsi, le paragraphe sur la crise sanitaire indique une lecture très élaborée de ce que nous venons de vivre :

« La pandémie de la Covid-19 nous invite plus que jamais à faire évoluer, transformer notre société. Miroir grossissant des inégalités, elle a mis en lumière le travail des invisibles, le manque de reconnaissance des « petit.e.s » et les fragilités de la mondialisation. Cette crise sanitaire nous a aussi fait prendre conscience que notre système qui réchauffe la planète et fait s’effondrer la biodiversité aggrave ces inégalités. Par son ampleur et son caractère inédit, elle a remis au cœur des préoccupations des besoins essentiels et vitaux : la santé, l’éducation, la nécessité de revoir nos façons d’habiter et de consommer, et a renforcé l’idée de notre nécessaire implication dans la construction des décisions et de l’action publique. »

La force de ce paragraphe, c’est que ce n’est pas le fruit d’un travail universitaire ou un discours de responsable politique, c’est le résultat d’une délibération entre 100 citoyens entre 19 et 76 ans, venant de tous les coins de l’Occitanie, de toutes conditions. Soit la délibération d’une opinion publique éclairée. Voilà ce que pense un groupe représentatif de la Région qui s’est formé, et a débattu pendant 7 jours. Cette parole est donc d’or, pour qui sait l’écouter. Surtout que cette analyse s’accompagne en plus de préconisations concrètes.

La séance a été filmée, si le cœur vous en dit.
sécurisation et quête de sens

Au passage, on relève l’association de « mondialisation » avec « fragilités ». Globalement, on a constaté tout au long de cette convention non pas un rejet, mais une totale incrédulité devant la mondialisation. A tel point que Carole Delga, au moment de la remise de l’avis citoyen, a ressenti le besoin de nuancer un peu : oui la mondialisation a produit des effets délétères, mais elle peut se révéler un formidable moteur, par exemple, actuellement, en matière de recherche médicale sur le Covid-19 où les coopérations permettent d’avancer à grand pas. Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain (ça, c’est moi qui l’ajoute).

C’est à mon avis à rapprocher du « ruralisme » de l’avis, ou en tout cas du peu de place qui y est faite aux deux métropoles. Sièges de l’économie compétitive, inscrites dans des dynamiques qui dépassent largement l’Occitanie, elles apparaissent comme trop complexes, et même les habitants de Toulouse et de Montpellier – puisqu’il y en avait parmi les 100 – ne savaient trop en défendre le rôle moteur (qu’elles n’auraient pas, par ailleurs, selon une enquête de Médiacités). Sans doute est-ce bien complexe, mais les métropoles gagneraient sans doute à élaborer un discours simple qui explique globalement leur rôle, au moins à leurs habitants (et ceci doit être généralisable bien au delà de l’Occitanie).
Un enseignement fort : ce qui n’est pas énoncé clairement (les effets bénéfiques de la mondialisation, l’enjeu métropolitain, …) ne se conçoit pas bien.

Un peu plus loin, quand il s’agit de parler des attentes des citoyens, notamment en matière économique, on parle de « garantir la dignité » de chacun. On retrouve ici l’irruption de principes moraux que j’avais trouvé dans le papier de Samuel Hayat sur l’économie morale et les gilets jaunes, déjà partagé dans un article de janvier 2019. Soyons clairs : nous n’étions pas sur un rond-point, ce n’était pas une assemblée générale de gilets jaunes mais le besoin de redonner du sens à une société qui en manque, y compris dans les échanges de biens et de services, transparait clairement dans cet avis. On ne peut pas durablement décorréler l’effort et la rétribution de celui-ci, nous disent-ils dans leurs propositions.

L’enjeu climatique est parfaitement intégré, chacun s’organisant autant que faire se peut pour réduire son empreinte. Les propositions démontrent avant tout une envie de solutions concrètes, et de mise à disposition d’outils pour se prémunir des conséquences néfastes. Il me semble qu’il existe une attente claire pour permettre à chacun d’acquérir de la résilience face au danger climatique, et au delà de la résilience, une capacité pour la Région à tirer son épingle du jeu en se préparant au mieux (c’est le concept de l’anti-fragilité, développé par Nicholas Taleb en 2013). En tout cas les citoyens sont lucides, peut-être plus que d’autres, sur la question.

Pourquoi les remparts de Carcassonne ? Parce que ça se passait à Carcassonne. Et que d’habitude je rate mes photos et pas là.

On peut être saisi par l’absence ou quasi absence de l’enjeu touristique (2 propositions sur 234) dans cet avis, alors que c’est une filière stratégique pour ce territoire (30 millions de touristes/an, 14 milliards de recettes). Est ce la conséquence du resserrement autour des besoins essentiels et vitaux dont il est fait mention dans le paragraphe sur la crise sanitaire cité plus haut ? A l’inverse, il y a une quinzaine de propositions en matière de culture et de sport. Sans doute la hiérarchie des valeurs a-t’elle été modifiée par le confinement… Il y a donc un travail de « re-hiérarchisation » à réaliser (qui ressemble fort au questionnaire de Bruno Latour, mais à grande échelle).

Enfin la partie sur la démocratie et la citoyenneté apporte de l’eau à mon moulin : il y est fait mention de l’ardente nécessité, dans un projet, « que toutes les alternatives soient présentées de façon objective » (eh mais carrément !) et que les démarches administratives soient simplifiées en associant les citoyens. C’est pas comme si on le disait pas !

Sans préjuger de la votation

Il reste cette étape, mais les préconisations sur le « bulletin de vote » des membres de la convention devrait assurer un certain écho à la votation citoyenne.

D’ores et déjà, on relève une maturité, une sagesse de la foule de la convention qui a fait émerger une analyse commune sur l’état de la société particulièrement intéressante, et qui, en creux, démontre l’envie de comprendre ce qui se passe et de ne pas croire sur parole. Qu’il s’agisse d’action publique ou d’économie.

A l’image de la Présidente de Région présentant les bienfaits de la mondialisation de la recherche aux membres de la convention, il faudra bien trouver des mots pour défendre le bien-fondé des échanges internationaux et le besoin de rentrer dans le jeu de l’économie mondialisée. Des modifications en profondeur sont sans doute nécessaires (relocalisations, bilans carbones, etc.) mais il n’est pas question de s’extraire complètement des échanges internationaux et de l’économie compétitive. Sauf à renoncer à bien des ressources, et par la même à des redistributions, alors même que la crise économique post-confinement n’a pas encore produit tous ses effets.

Enfin la soif de démocratie exprimée nécessite d’imaginer d’autres moyens encore d’association, de consultation, d’information, d’animation. Mais au delà de tout ça, les citoyens attendent la Région dans un rôle de liant, de catalyseur, et qu’elle valorise les initiatives de terrain (à l’image de ce que « La Région est à vous » avait initié). Une piste semble donc de se tourner vers les populations non seulement pour les associer, mais aussi d’assurer une certaine réciprocité en s’intéressant à eux et en les épaulant.

Voilà, dans cette aventure j’ai retrouvé à la manœuvre mon vieux complice Yves Mathieu de missions publiques, artisan inlassable de la construction d’une participation citoyenne renforcée. Il m’avait dit que ça se passerait bien. Force est de constater qu’il avait raison.

Moralité : il faut croire dans la sagesse des foules citoyennes.

(*) : « Un si grand soleil » est une série TV qui se passe en Occitanie et certaines scènes se déroulent dans l’hôtel de Région. J’ai pas résisté. Pardon.

Le deuxième week-end de la convention citoyenne : subsidiariquoi ? Non-discriminaqui ? Intérêt à agir de où ?

La séance avait commencé comme on s’y attendait.

  • Un retour des membres de la convention sur le peu d’écho de leur travail auprès de leur proches, collègues et élus locaux – mais on savait qu’Edgard Morin, dans son message, allait les rassurer une fois encore sur leur légitimité et l’intérêt de la démarche, quand bien même était-elle encore confidentielle,
  • deux masterclass, l’un par le Directeur général des services de la Région, sur son fonctionnement et son pouvoir d’agir, l’autre par la journaliste Gwenaelle Guervalais sur la Région, son histoire, sa géographie, sa réalité économique et sociale,
  • puis en début d’après-midi une séance de dialogue avec des agents du Conseil régional sur les points de rencontre entre les premières propositions de la Convention et les politiques publiques existantes (puisque points de rencontre il y a).
le citoyen devant l’usager

La suite allait se révéler moins fluide. La consigne passée était de se positionner en tant qu’usager du service public régional. Pour eux, à titre personnel, quelles propositions étaient les plus bénéfiques parmi celles qu’ils avaient pu émettre. Pour moi, cet exercice est évident : lorsqu’on parle au citoyen, on parle à l’usager et au contribuable. Les mettre un peu en tension est donc une bonne idée, d’autant plus quand on a un panel représentatif du territoire : la somme de ces travaux est certainement un référentiel passionnant.

dessin de @lafourmiorange

Oui mais ce n’est pas du tout ce qui s’est passé : une bonne partie des membres de la convention n’a pas souhaité réfléchir en tant qu’usager, considérant que leur rôle dépassait largement la défense de leur intérêt particulier pour se concentrer sur la création de biens communs.
C’est ainsi qu’on construit un collectif, sans le vouloir (?) : face à un consigne incomprise, le moment de prise de parole du soir a permis de construire un discours commun en direct . SI vous voulez le voir, c’est ici :

La découverte de la subsidiarité

Il faut dire qu’un peu plus tôt, dans une répartition en trois catégories des propositions de la première semaine, il avait été question des propositions :

  • où la Région peut agir,
  • de celles où elle doit s’associer à des partenaires publics, associatifs ou privés,
  • et de celles ou là Région-ne-peut-rien-en-l’état.

Je sais pas vous, mais moi j’ai fait des études de Droit public. La répartition des compétences entre les collectivités locales, c’est quelque chose que je maîtrise sur le bout des doigts. Pour moi la phrase « la Région ne peut rien en l’état » est donc tout ce qu’il y a de plus anodine. Je comprends ainsi que le sujet est normalement traité soit à un étage infra, soit au dessus, et que, même en jouant avec les concepts , on ne peut pas le rattacher à l’aménagement du territoire, le tourisme ou la culture (les compétences partagées) qui ferait qu’on pourrait faire un bout de règlement…

Ce n’est pas exactement comme ça que ça a été reçu, plus comme une fin de non recevoir (et tu as beau dire = « mais on a dit en l’état », cette fin de phrase retient bien moins l’attention). Il est possible que ça ait joué sur l’humeur de la convention avant l’exercice des bénéfices personnels…

Nous avons vécu d’ailleurs à nouveau la même chose le deuxième après-midi dans ce que nous avons appelé « la recyclerie ». Pendant que les autres groupes travaillaient sur les propositions thématiques par thématiques, en cherchant à les bonifier et les rendre opérantes, nous avons traité les propositions qui demandaient un travail (problème de compétences, de légalité, etc.) avant de pouvoir faire l’objet d’un traitement dans les groupes thématiques.

La « recyclerie »

Une bonne quinzaine de fiches ont ainsi pu être traitées par les autres.
Mais pour ce qui concerne le reste, il a été difficile de trouver une issue en commun. Pour une bonne et simple raison : les limites quotidiennes de l’action publique, la répartition des compétences, l’intérêt à agir, les procédures et les marchés publics rendent l’exercice trop complexes.
Ainsi, lorsqu’il nous a été donné d’expliquer qu’il ne peut y avoir de clauses locales dans les achats de la Région, du fait des principes constitutionnels de « non-discrimination et de liberté de circulation des personnes, capitaux et services », c’est l’incompréhension qu’on a lu sur les visages.
Le principe même d’intérêt à agir, devenu crucial avec la fin de la clause générale de compétence pour les Régions, a du mal à passer.
Pour tout dire, je me suis senti plusieurs fois dans la peau d’un garagiste qui emploie des mots compliqués et inconnus pour tenter d’expliquer qu’il va y en avoir pour cher de réparation sur la voiture.
C’est très insatisfaisant.

A cet endroit je mettrais bien un dessin de Robin en train de dire « oui mais la Loi NOTRe a bien prévu que… » tandis que Batman lui en retourne une, mais je crois que ce dessin ne fait plus l’unanimité…

Nous avons fini par séparer les propositions en deux catégories : celles où on transmettait la proposition aux autorités compétentes, et celles où il existait un désaccord dans le groupe.
J’ai été très admiratif devant la maestria de l’équipe d’animation pour arriver à ce résultat…

Que faire de tout ça ?

Non pas des propositions, mais de cette expérience de participation citoyenne, et de ce qu’elle nous renvoie de la complexité de nos travaux.

Dans mon précédent article, je parle du « fait régional », c’est à dire du décalage entre la force de frappe de la Région et l’étroitesse de ses moyens de diffusion propres. Beaucoup d’armes, peu de troupes, alors on va chercher des partenaires parmi les différents acteurs du territoire.
J’imagine que c’est comme ça qu’on en arrive à dire que la Région est la collectivité des acteurs.
Depuis ce week-end, j’ai tendance à penser que la Région est surtout la collectivité des actifs, ceux qui produisent des biens, des services, mais aussi du lien ( à travers le soutien à l’économie sociale et solidaire ou la culture et le sport), de la connaissance avec son soutien à l’éducation et la formation ou encore de l’avenir (mobilités, aménagement du territoire, etc.). C’est une espèce de matrice où chacun peut y trouver son compte.

Mais autant l’approche usager est parfaitement adaptée à un Département, dont les politiques publiques correspondant à des services repérés et attribués aux Conseils départementaux, autant ce n’est pas certain que ce soit possible à la Région.
A titre subsidiaire, sur un équipement, une gare,un service, oui, mais pas dans l’approche générale de la relation à la population.
Là où souvent l’action départemenale relève de l’intime (la naissance, l’enfance en danger, le handicap, la dépendance), l’action régionale s’inscrit sur le champ citoyen : comment on se nourrit, comment on se déplace, comment on produit… C’est donc bien sur le champ citoyen que la relation doit s’instaurer.
Et qui dit citoyen dit relation horizontale : on est auprès des citoyens (là où on surplombe ses administrés). Auquel cas il n’est pas possible d’aborder la relation citoyenne en maintenant sur la durée le « la Région ne peut rien en l’état ». Il faut imaginer autre chose, plus fraternel (comme dans le Fraternité de la devise Républicaine) et surtout plus opérant.

Une fois qu’on a dit ça, il reste à le construire, mais c’est en tout cas un enseignement de ce deuxième week-end.

Hâte d’être à Carcassonne.

Bonus Track : un résumé de l’intervention d’Edgard Morin devant la convention.

Le premier week-end de la convention citoyenne : où tout le monde apprend en marchant

J’ai donc participé (de l’intérieur) à la première session de la convention citoyenne régionale lancée par l’Occitanie et j’y ai appris (ou révisé en express) quelques éléments que je souhaite partager ici.

Le fait régional

Premier élément : c’est un enfer que d’expliquer le rôle d’une région en si peu de temps.

Une commune, on sait ce qu’elle fait : l’état-civil, les écoles, la culture, les ordures, la tranquillité publique, c’est le quotidien.
Un Département, même si tout le monde ne le sait pas, c’est finalement facile à raconter : c’est la collectivité de la solidarité, celle qui t’aide à faire face aux évènements de la vie heureux (naissance) comme difficiles (handicap, dépendance).
Une Région, c’est bien plus dur à caractériser. La Région intervient sur tout ce qui concoure à ce que la vie économique et sociale du territoire se déroule au mieux. C’est une collectivité d’abord pour les « acteurs », et en deuxième rideau, seulement, pour les gens.

Les citoyens à qui on a décrit ce qu’était la Région Occitanie ont donc découvert, pour la plupart, le financement de l’économie, de la formation, des transports, etc. Ils nous ont d’ailleurs renvoyé qu’il était anormal qu’il ne l’ait pas su jusqu’ici.
Et c’est là où on touche à la vraie particularité des Régions : malgré sa force de frappe budgétaire importante, l’impact d’une Région se fait uniquement à travers des partenariats et l’encouragement d’actions qu’elles jugent bénéfiques au territoire. Il faut donc fédérer les énergies et essayer de les canaliser sur des objectifs ambitieux, sans toutefois oublier les réalités locales si on ne veut pas que des territoires décrochent. Une fois qu’on a réussi ça, il reste peu d’énergie pour communiquer… Le fait régional est difficile à faire passer, dans les faits !

Il nous appartenait tout de même d’essayer. J’ai beaucoup travaillé sur un « carnet de voyage » remis aux membres de la convention qui tentait de rendre tangible cette réalité. La deuxième session nous dira si j’ai réussi ou non à créer cette appropriation, s’ils l’ont lu pendant ces 15 jours…

Le « carnet de voyage » en situation – photo piquée à Mathilde Imer de Démocratie Ouverte

En attendant, le fait régional, c’est aussi que, dès le vote de son budget 2021, la Région Occitanie pourra appliquer des idées de la convention citoyenne qui se sera réunie 2 mois avant. Là où les premières mesures de la convention citoyenne sur le climat ne sont pas prêtes de sortir à mon avis (non pas spécialement faute de bonne volonté, mais vu les circuits d’élaboration de l’action publique auxquelles elle seront soumises).

La légitimité citoyenne

Deuxième écueil à surmonter, le sentiment d’illégitimité. « En quoi notre avis est-il intéressant ? » nous ont renvoyé les membres de la convention.
C’est une bonne question, pas évidente non plus à appréhender.

Dans le design, on sait depuis l’an 2000 et l’article de Jakob Nielsen « Why You Only Need to Test with 5 Users » qu’un panel n’a pas besoin d’être très important pour apporter des visions utiles à la conduite d’un projet. Cet article démontre qu’à partir de 5 utilisateurs, 80% des problèmes d’usages sont connus. Alors effectivement ici, on ne parle pas d’usagers mais de citoyens et on ne cherche pas seulement des problèmes d’usages, mais le panel est 20 fois plus grand. Et il a été sélectionné pour ressembler à la population de la Région (département d’origine, genre, …). Il porte donc en lui une certaine représentativité…

La notion de représentativité a d’ailleurs été assez bien comprise par les participants de la convention. Mais leur légitimité vient d’ailleurs.
D’abord, du mandat qui leur est donné : on leur demande un avis de citoyens, pas de se transformer en mini-experts (c’est le risque des panels citoyens, mais les équipes d’animation de la convention sont rompues à l’exercice). C’est un écueil important, que j’ai pu vivre quand j’ai organisé dans la collectivité où je travaillais des panels où les citoyens se sont pour partie mués en experts. Mais c’était il y a 12 ans, on a progressé depuis.

Des templates, des post-it,du café : mais c’est que ça a bossé !

Leur légitimité vient ensuite, de leur travail. Au moment où ils rédigeront un avis, il aura tout pour être un avis éclairé : ils auront travaillé les sujets, rencontré des praticiens et des experts, eu l’opportunité de se forger une opinion et… d’en débattre.
C’est d’ailleurs ce débat la source principale de leur légitimité. Quand 100 personnes représentatives d’un territoire débattent d’un sujet, prennent le temps d’émettre des jugements, de les confronter aux autres et de trouver des terrains d’accord (fussent-ils pour acter des désaccords), il est permis de se dire que leur avis sera précieux. Il constituera une photographie la plus proche possible de ce que pense la population de l’Occitanie, ou plus exactement de ce qu’elle penserait si elle avait bossé les sujets. C’est inestimable.

La condition pour que le débat soit bon est donc qu’ils restent eux-mêmes, et se forgent une opinion en fonction de ce qu’ils sont, de leurs origines, de leurs convictions, puis de ce que la délibération avec les autres aura permis d’affiner dans leur jugement.

Une équipe au service du débat

Qu’il s’agisse des spécialistes recrutés pour organiser le débat, des agents de la Région qui ont animé eux-mêmes les tables, des garants et personnalités extérieures (indépendants de la collectivité) qui interagissent avec l’équipe d’animation et la Région, ou encore de l’équipe qui gère les conditions matérielles (en période Covid, un défi gigantesque !), tout le monde s’est mis pleinement au service de la réussite de cette première convention citoyenne régionale.

L’équipe d’animation en plein tri des propositions des membres de la convention

Comme je l’expliquais dans mon précédent papier, cette convention est la suite logique d’un engagement régional pour le développement de la citoyenneté au niveau de la Région, mais c’est aussi une expérience incroyablement riche pour tout le monde. Elle est utile au Conseil régional pour orienter son plan de transformation régional suite à la crise, mais elle l’est également pour tout ceux qui promeuvent l’idée qu’être citoyen, ce n’est pas seulement voter une fois tous les 5 ou 6 ans, ou militer sans relâche dans une association, un syndicat ou un parti politique. Il faut inventer de nombreuses autres formes, et celle-ci en est une.
L’équipe est consciente de ce fait, et pour avoir passé une partie de l’intersession à travailler sur la façon de retranscrire et d’approfondir le travail de la première session, je dois dire la force de travail mobilisée pour réussir quelque chose à Montpellier ces 24, 25 et 26 septembre, puis à Carcassonne le 3 octobre prochain.

Quelque chose de plus grand que nous

En tout cas, que les inquiets qui voyaient dans cette convention une tentative de manipulation (j’ai vu un ou deux tweets comme ça, si si…) se rassurent : c’est clairement impossible. 100 citoyens à qui on donne la parole, il n’est pas question de la museler ensuite. Les critiques sont allées bon train quand on a fait des points de situation, les compliments aussi d’ailleurs (notamment sur la disponibilité des agents régionaux qui se sont rendus disponibles pour répondre à leurs questions), mais personne ne se sent manipulé. En fait, on a tous l’impression de vivre quelque chose de plus grand que nous et nos intérêts du moment. Même dans les propositions des membres de la convention qui sont en l’état inexploitables (faute de compétence régionale, dans la grande majorité des cas), apparaissent une vision d’une volonté de faire société d’une très grande maturité qui nous ramène au sens premier de notre engagement pour le service public.

Et ça, ça le fait à chaque fois. Ici un peu plus fort, vu le nombre de protagonistes, mais comme d’habitude, on redécouvre que les citoyens ont énormément de choses à nous apprendre, dès lors qu’on se donne la peine de les écouter.

La convention citoyenne d’Occitanie pour augmenter le plan de transformation régionale

Jeudi 10 septembre prochain, à l’Hôtel de Région de Toulouse, 100 citoyens d’Occitanie tirés au sort vont se pencher sur le plan de sortie de crise du Conseil régional. Ce sera une démarche originale – une première au niveau régional – mais aussi logique au regard de la dynamique enclenchée depuis 4 ans du côté des innovations démocratiques.

Je me suis retrouvé embarqué dans cette aventure un peu par hasard, et je vais essayer de la raconter pendant le mois qui vient, en essayant de garder une certaine distance, malgré ma participation active. La « documenter », comme on dit dans nos métiers.

l’aboutissement d’une démarche globale

Quand on veut susciter de la participation citoyenne dans une Région, un élément supplémentaire s’impose par rapport aux communes ou aux départements : la superficie. L’Occitanie, c’est 72 000 km² (13 pays de l’Union européenne sont plus petits…).
De ce fait, les concertations sont difficiles à mener, il faut faire appel au numérique le plus souvent. La Région Occitanie a monté ainsi ses dispositifs dès le lendemain de sa création en 2016 pour donner la parole au citoyens. :

  • budgets participatifs aux montants conséquents,
  • consultations en ligne,
  • commissions citoyennes,
  • et un dispositif de votation d’initiative citoyenne lancé récemment .

Par ailleurs, elle a intégré le design de services et les usagers dans ses processus de création ou revisite de politique publique, et cherche à associer les citoyens « en vrai » quand elle le doit. Ainsi, pour sa démarche de prospective « Occitanie 2040 », elle a monté un Mooc pour informer largement les citoyens qui pouvaient réagir en ligne ou dans des ateliers. Une première.

Bref, on est loin d’une démarche qui sort du chapeau : la Région s’intéresse aux usagers et aux citoyens de façon régulière . Ce qui rend d’autant plus intéressant l’exercice, avec des acteurs qui ont compris l’enjeu de la participation citoyenne et sont capables de laisser les choses se faire sans multiplier les biais.

Une convention citoyenne régionale pour éclairer le « comment faire »

Aujourd’hui, avec Occitanie 2040, la vision des futurs envisageables est écrite, reste à choisir le chemin pour arriver au meilleur possible.

La convention a pour objectif d’obtenir un avis citoyen éclairé sur les mesures qui peuvent permettre à la région de faire face aux enjeux des prochaines années.
Les enjeux, tout le monde les connaît, et ils sont apparus d’autant plus forts à l’occasion de la crise sanitaire.

L’idée dans ce cas est que pour faire le tour de la question, on a besoin des experts, mais on a aussi besoin de débat. Parce ce n’est pas tant ce qu’il faut faire qui est ici important, mais comment on va le faire.

Philippe Silberzahn vient de rappeler dans un article récent : Transformer le monde: quelle leçon tirer de l’aveu d’impuissance de Nicolas Hulot? (ce dernier étant ciblé du fait de son récente interview dans Paris-Match, mais c’est valable un peu pour tout le monde…).

Il y cite fort à propos Saul Alinsky, qui résume les choses ainsi :  » Que nous acceptions le monde tel qu’il est n’affaiblit en rien notre désir de le transformer en ce que nous croyons qu’il devrait être – il est nécessaire de commencer là où le monde est si nous voulons le transformer en ce que nous croyons qu’il devrait être. « . Être volontaire n’empêche pas d’être pragmatique : il faut trouver les dosages, accepter les compromis, partir du monde réel pour construire une démarche qui sera couronnée de succès.

Dans ce cadre, écouter un panel représentatif de citoyens qui a fait l’effort de comprendre la situation est un choix intéressant : la clé du comment, c’est certainement eux qui la détiennent, au sens où ils sauront dire ce que les citoyens peuvent entendre dans les changements à mener, ce sur quoi il faut les accompagner et là où se dressent des obstacles dans les comportements et les convictions. Mais aussi (et c’est beaucoup plus le cas qu’on ne le croit), sur quels sujets ils sont très en avance sur les institutions. En tout cas, je ne vois pas de façon de s’approcher plus de ce que pourrait penser une opinion publique éclairée dans sa globalité.

une convention citoyenne régionale, des idées à l’action

L’avantage de réaliser une convention citoyenne à ce niveau de décision, c’est que les effets peuvent être bien plus rapides que ce que l’Etat peut produire. Les Régions ont la main sur l’économie, et peuvent donner des orientations claires à travers leurs financements, favoriser des choix, des stratégies, des investissements. En outre, elles coordonnent l’aménagement du territoire, s’occupent de formation des adultes et de mobilités.
Ce qui sera produit par les citoyens en Octobre nourrira la votation citoyenne qui suivra dès novembre (j’y reviendrais) comme le Plan de transformation qui sera voté à la suite (avec ses engagements budgétaires immédiats).
De la réflexion au plan d’action en circuit court.

Ce sera une des grandes différences avec la convention citoyenne pour le climat, dont les propositions doivent entrer dans un agenda gouvernemental, puis vivre le parcours traditionnel d’un projet de loi depuis les premières esquisses jusqu’aux décrets d’application en passant par les débats et votes des deux Assemblées. Ce qui se compte en mois, voire en années…

La première session qui débute jeudi sera l’occasion pour les membres de la convention de prendre la mesure des enjeux, géographiques, économiques, sociaux, environnementaux, …
La seconde celle d’approfondir la vision en auditionnant des personnalités extérieures choisies par les membres de la convention,
Enfin le dernier samedi, en octobre, permettra aux membres de la convention de présenter leur avis.
Comme praticien de la participation citoyenne depuis 15 ans, j’ai hâte d’y être..

Parler d’innovation publique à son boss

…quand il a rien demandé

A la fin du Mooc innovation publique, les participants nous ont demandé comment parler de tout ça à leur chef. Alors on y a consacré une séance en ligne. Ce papier va revenir sur ce qui y a été raconté.

Bon d’abord, il faut bien comprendre un élément de départ : le Mooc Innovation Publique du CNFPT ratisse large. Cette fois-ci, 3800 participants.

Au clap de fin du Mooc, 3830 inscrits. C’est notre meilleur score , puisqu’on dépasse de peu la première édition.

La conséquence, c’est qu’on descend un cran en dessous de d’habitude : là où les réseaux d’innovation s’adressent aux staffs des collectivités ou des acteurs publics, nous nous adressons à leurs agents, y compris complètement isolés dans les collectivités ou des services qui y sont hostiles ou pire, indifférents.

Une demande des participants

Le 18 juin, notre avant-dernier webinaire de la saison était une séance de bilan pédagogique. Cela nous permet (les animateurs) d’avoir des feedbacks et de s’améliorer, et en même temps ça oblige les participants à un retour sur ce qu’ils ont pu apprendre et comment ils vont s’en servir (on parle alors de réflexivité, ma fréquentation assidue des pédagogues m’a appris ça). Et ce besoin de « raconter » l’innovation publique nous est remonté comme jamais. Notamment, on l’a compris vite, de la part d’agents publics qui ne bénéficient d’aucune écoute en interne sur le sujet.
Nous avons donc décidé de consacrer notre dernier webinaire de début juillet à la question, et cherché à co-construire un outil d’aide à la prise de parole sur la question. Le scénario est rodé : nous envoyons quelques questions, les participants (en l’espèce une cinquantaine cette fois-ci) donnent leur point de vue et on met en commun en ligne.

Voici donc un retour sur cette séance.

Tout d’abord : faut-il vraiment en parler ?

Y a ceux qu’en parlent, y a ceux qu’en font (*) ! La premier débat portait donc sur les moyens de faire les M. Jourdain de l’innovation publique en instillant des pratiques nouvelles dans le quotidien du travail, sans en faire tout un plat. Je proposais donc des premières pistes au suffrage des participants (faire un schéma au tableau pour créer une vision partagée en réunion, inventer un persona ou deux pour éclairer une présentation, trouver un prétexte pour aller sur les terrain…), histoire d’amorcer la pompe des idées, puis donner la parole sur les bonnes (et les mauvaises) idées. Le résultat est là :

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Dans les propositions, revient la facilitation graphique (qui fascine de plus en plus de gens) et plein de petits trucs intéressants. Dans les choses à bannir, l’utilisation d’un outil pas adapté, car c’est la gamelle assurée (oui mais comment savoir ? On le sait avec l’expérience, au début on tâtonne forcément, c’est la glorieuse incertitude du sport !).
Je retiens aussi cet espèce de désir de brise-glace, qui me renvoie à ma perplexité à leur encontre. Celui (présenté ci-dessus) où on propose aux gens de poser leurs idées dès l’arrivée, et on commence la réunion en partant de cette base me plait pourtant beaucoup.

Des sujets propices a l’innovation publique

Pour préparer cette question, j’ai pu me référer au travail réalisé pour cet article : Quand utiliser l’innovation publique – mémo à l’usage des décideurs publics. J’ai donc repris les cas que j’avais imaginé à l’époque, pour leur en faire la proposition. J’obtiens beaucoup moins de oui dans les réponses que dans la première série de proposition, preuve que cela nécessitait ce débat.
Les réponses des participants sont encore très intéressantes. Notamment, ils mettent facilement en avant qu’un sujet dont on a déjà la réponse mais où on veut faire genre on a travaillé avec les citoyens est forcément un mauvais sujet !

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Des conditions à réunir

Quand IDEA, l’école de design thinking de Centrale et l’EM Lyon s’est lancée, ils avaient réalisé un Mooc que j’avais suivi. Un des grands apports pour moi avait été la théorie de l’effectuation que Philippe Silberzahn exposait sur 2 ou 3 vidéos, et sur laquelle il revient régulièrement sur son blog. Elle explique comment l’entrepreneur mène son projet, en prenant les vents porteurs, quitte à modifier son point de vue.
L’atelier sur les conditions à réunir se basait donc sur 4 des 5 composants de l’effectuation ( Démarrer avec ce que vous avez / Raisonner en perte acceptable / Obtenir des engagements / Tirer parti des surprises), le 5° étant difficile à formuler de façon interrogative. C’était donc pour moi l’occasion de les renvoyer sur les travaux de Silberzahn. Même si le contexte est quelque peu différent dans l’action publique, on a beaucoup à apprendre de cette théorie.

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C’est sans doute le sujet sur lequel le partage d’expérience s’est révélé le plus fécond. Forts de l’anonymat, les praticiens de l’action publique qui nous suivaient se sont lâchés et ont dit des choses très intéressantes. Chacun a quelque chose à piocher dans la liste des conditions favorables et celle des défavorables qui ont été constituées là (et que vous pouvez lire en cliquant sur l’image au dessus).

Le contenu de la note au supérieur évoquant l’innovation publique

A un moment ou un autre, dans la vie d’un fonctionnaire, vient le moment où il faut rédiger une note. Nous avons donc débattu de ce qu’il fallait mettre dans cette note. Mes propositions étant très basiques, c’est dans les réponses des participants qu’il faut aller chercher des bonnes idées

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Ce qui m’a marqué dans ces propositions, c’est les réponses autour de la question de la quête de sens et de l’envie des agents. Venant juste après le confinement, je ne sais pas s’il faut faire un lien ou si cet enjeu serait ressorti pareillement sans le Covid 19, mais il revient beaucoup. Une satisfaction par ailleurs : nous avons bien réussi à faire passer l’idée qu’il faut employer un vocabulaire simple et pas des « mots à la con » (c’est chez moi le reste d’un traumatisme à la suite de la lecture de l’article « Hey, co-concevons le reprototypage du fonctionnaire en bottom-up » que je vous recommande).

Et si… c’était pas une note ?

Évidemment, il existe plein d’autres formes possibles, j’en proposais quelques unes, les participants également. Je ne sais pas si c’est bien original, mais il fallait bien boucler cette séance.

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Sur ce slide, vous pouvez lire un mot de la fin que j’ai trouvé particulièrement pertinent. En résumé, il pose la question : quand est-ce qu’on arrête d’essayer de convaincre parce qu’on y arrivera pas ? J’essayerai de m’astreindre à répondre à cette question … une autre fois !

En plus de tout ça, j’avais réuni des documents de tout ordre pour les aider à bâtir leur argumentation (une brochure du Nesta, des articles de la Gazette, etc.) dont un document que j’ai dû réaliser en 2011 pour l’exécutif du Conseil régional des Pays de la Loire avant qu’on ne s’engage dans une « Transfo » avec la 27° Région. C’est un espèce d’abécédaire, qui, 10 ans après, a à peine vieilli, et qui montre au passage qu’on peut trouver des formes nouvelles en restant dans le domaine unique du verbe. Allez, c’est cadeau, c’est ici.

Si vous voulez suivre cette heure (en fait 1h23, on a débordé) de restitution/débat : c’est en dessous.

(*) dit celui qui a fait son métier d’en parler…

De la convention citoyenne et de sa légitimité

Quand j’ai vu le bashing contre la convention citoyenne pour le climat, je me suis fait la réflexion que décidément les enjeux environnementaux avaient du mal à se faire comprendre.

J’ai lu les mesures, je les ai trouvés … normales. Oui c’est certainement à peu près ça qu’il faut faire. A titre personnel, je suis encore plus anti-voiture et beaucoup moins anti-avion (que je ne prends que contraint et forcé par ailleurs), mais pour le reste, oui.

Les gens comme moi, c’est-à-dire les gens très conscientisés, plus ceux-qui-ont-plus-peur-pour-demain-que-peur-pour-aujourd’hui ont applaudi, les opposants à tout, les gardiens du dogme de la croissance ininterrompue plus ceux-qui-ont-plus-peur-pour-aujourd’hui-que-pour-demain ont hurlé, rien inattendu. Au milieu, les gens ont assisté, incrédules, à ce spectacle médiatique, un de plus.
Au passage, j’aime bien ce clivage entre les gens dont les peurs ne se situent pas dans les mêmes espaces-temps. Il permet de relativiser le camp des bons et celui des méchants dans cette histoire.
Que des gens qui dépendent de leur voiture pour vivre, ou qui ont du mal dans se projeter dans le fait d’avoir moins que le peu qu’ils ont, ne se retrouvent pas dans les propositions des conventionnels, rien de plus normal et de plus compréhensible. Il s’agit de dessiner les contours d’un futur vivable pour qu’ils puissent s’y rallier, ils endurent beaucoup trop de choses en l’état pour accepter tout ex abrupto.

Et puis, une fois le bruit médiatique passé à autre chose, j’ai commencé à voir apparaître un autre son de cloche. Des associatifs qui se sentent floués par l’appel direct au citoyen : « Comment ça, je milite depuis 20 ans et on accorde plus de crédit à 150 personnes dont on ne sait rien, est ce bien sérieux ? » (je résume le point de vue). Et j’ai relu l’avis différemment, ce qui m’a permis d’en relever la limite

Flash-Back

Faisons un détour par 2008. A ce moment, l’exécutif régional décide de convoquer quatre panels citoyens dans le cadre de la préparation de l’agenda 21 (des Pays de la Loire, donc, où je travaillais).

L’estuaire de la Loire, sujet d’un panel citoyen

Je ne me souviens pas des 4 sujets de panels citoyens, mais celui sur lequel je veux revenir concernait l’Estuaire de la Loire. C’est un espace de tension très particulier entre économie et environnement. D’une richesse écologique incroyable, il accueille également les fleurons de l’industrie régionale : aéronautique, construction navale, port autonome et son hinterland immédiat, etc. Notre question était (peu ou prou) : A notre place, vous feriez quoi ? Vous choisiriez l’économie ou l’écologie ? Ils ont écouté des experts 2 week-ends, et rédigé un avis le troisième. Et leur réponse a été : « on sait pas, à vous de faire le choix, mais faites en un et assumez-le ».

La Région leur demandait un avis d’expert, il nous ont rendu un avis citoyen : faites votre travail, et arrêtez de ratiociner.

Sur le moment, cette réponse m’est apparue comme un échec. Alors qu’en fait, c’est la question qui contenait l’échec en elle.
Les citoyens sont restés à leur place, de citoyens. Et pour éviter qu’ils nous répondent ainsi, le plus sage aurait été de leur demander un avis de citoyens. Et pas un avis d’experts.

Un avis de citoyens, pour une convention citoyenne

Quand on va voir les usagers des services publics, on recherche leur expertise d’usage. Bien entendu, leur opinion, leur imaginaire viendra interférer (et c’est tant mieux) mais notre démarche est claire.
Quand on demande leur avis à des citoyens, quand bien même élève-t-on leur niveau d’expertise sur un sujet, il est certainement bien plus raisonnable de leur demander un avis de citoyen qu’un avis d’expert.

Les panels sont censés être représentatifs (ils le sont, je me souviens de la difficulté de respecter tous les critères dans les compositions). Les faire débattre d’un sujet est donc l’opportunité d’obtenir une photographie assez juste de l’état de l’opinion, mais d’une opinion qui aurait été informée honnêtement des tenants et des aboutissants d’un sujet. Cet avis est donc précieux, s’il est sensé.

Les questions devraient donc certainement plus s’orienter vers des choses comme : comment faire pour prendre les mesures nécessaires pour…, quelles conditions faut-il à votre sens réunir pour…, qu’est ce qui vous semble marquant et décisif dans la constitution de votre point de vue sur le sujet … ? Plus que des « Que faut-il pour… ». Ne faisons pas comme si les experts n’avaient pas travaillé, et comme s’il n’y avait pas un état de l’art. Après, les opposants et les gardiens du dogme ont beau jeu de mettre en doute la légitimité de la convention citoyenne, quand bien même elle s’est déroulée dans des conditions irréprochables d’un point de vue déontologique.

Sur un avis citoyen, la question de la légitimité se serait posée différemment : il est difficile de reprocher à un citoyen d’avoir émis un avis au nom de sa citoyenneté, et encore moins à un panel qui a travaillé et débattu d’avoir émis un avis qui exprime une vision citoyenne construite.

2° tour des municipales en juin : reprendre ensuite contact dès que possible avec les citoyens

Dans un contexte de défiance générale envers les institutions, «Le maire est le seul élu qui conserve la confiance des Français», et cette élection, si elle se déroule vraiment(*), pourrait fragiliser durablement cette relation, étant donné les conditions dans lesquelles elle va se tenir.

Etait-ce la meilleure solution que de faire le second tour des municipales en juin ? Dorénavant peu importe. Mais l’impératif institutionnel pourrait avoir un dommage collatéral : la confiance dans les élus locaux. Reprenant là où ils l’ont laissé une campagne électorale conçue avant la crise sanitaire, les candidats à l’élection municipale seront de fait en décalage avec les nouveaux sujets de préoccupation de leurs électeurs.

Il va donc falloir, une fois l’élection passée, retourner voir les citoyens, en long, en large et en travers.

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Mooc innovation publique du CNFPT : une saison 4 pas comme les autres.

En février, on s’était dit qu’on ferait un « service minimum » sur la saison 4 qu’on voulait faire juste avant l’été, pour se concentrer sur une nouvelle formule en Septembre, qui mêlerait cours en ligne et séquence en atelier.
Et puis le confinement est arrivé, on a avancé la saison 4, et rien n’a été comme prévu.

Le Mooc n’est pas encore fini – on le prolonge d’ailleurs jusqu’en juillet en version simplifiée – mais la partie animation XXL s’est achevée ce jeudi 14 mai.
Nous allons prendre le temps de bien décortiquer ce qui s’est passé dans les semaines qui viennent, mais ce billet a pour vocation de débriefer à chaud une expérience d’animation de collectif en période de confinement, qui pourrait (participer à) préfigurer l’avenir de la formation des adultes et /ou de mobilisation de collectifs tant qu’on aura pas trouvé un vaccin ou un traitement face au virus.

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Apprendre des choses nouvelles : veille créative et sérendipité en temps de confinement

En 2010, un jour, le Directeur Général des Services des Pays de la Loire (où je travaillais alors) m’a dit : Le Président veut qu’on fasse de la prospective territoriale, mais en associant les citoyens. J’ai une direction qui sait gérer la prospective, toi tu sais « gérer » les citoyens, allez-y, faites moi Pays de la Loire 2040.
L’exercice précédent de prospective régionale était assez convenu, je voulais faire plus Rock’n Roll. Mais par où commencer ? Par apprendre des choses nouvelles. Et comment faire ? J’en savais rien, alors j’ai inventé.
Sans avoir particulièrement de méthodes, je me suis façonné une veille qui me permet, encore aujourd’hui, de faire arriver jusqu’à moi des sujets que je n’imaginais pas, mais qui m’intéresse, notamment professionnellement.
Je me suis dit que certains d’entre vous avaient un peu de temps ces jours-ci, et que c’est le moment de se muscler sur un sujet ou un autre, histoire de mettre à profit le temps de confinement. Alors voilà.

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