De la convention citoyenne et de sa légitimité

Quand j’ai vu le bashing contre la convention citoyenne pour le climat, je me suis fait la réflexion que décidément les enjeux environnementaux avaient du mal à se faire comprendre.

J’ai lu les mesures, je les ai trouvés … normales. Oui c’est certainement à peu près ça qu’il faut faire. A titre personnel, je suis encore plus anti-voiture et beaucoup moins anti-avion (que je ne prends que contraint et forcé par ailleurs), mais pour le reste, oui.

Les gens comme moi, c’est-à-dire les gens très conscientisés, plus ceux-qui-ont-plus-peur-pour-demain-que-peur-pour-aujourd’hui ont applaudi, les opposants à tout, les gardiens du dogme de la croissance ininterrompue plus ceux-qui-ont-plus-peur-pour-aujourd’hui-que-pour-demain ont hurlé, rien inattendu. Au milieu, les gens ont assisté, incrédules, à ce spectacle médiatique, un de plus.
Au passage, j’aime bien ce clivage entre les gens dont les peurs ne se situent pas dans les mêmes espaces-temps. Il permet de relativiser le camp des bons et celui des méchants dans cette histoire.
Que des gens qui dépendent de leur voiture pour vivre, ou qui ont du mal dans se projeter dans le fait d’avoir moins que le peu qu’ils ont, ne se retrouvent pas dans les propositions des conventionnels, rien de plus normal et de plus compréhensible. Il s’agit de dessiner les contours d’un futur vivable pour qu’ils puissent s’y rallier, ils endurent beaucoup trop de choses en l’état pour accepter tout ex abrupto.

Et puis, une fois le bruit médiatique passé à autre chose, j’ai commencé à voir apparaître un autre son de cloche. Des associatifs qui se sentent floués par l’appel direct au citoyen : « Comment ça, je milite depuis 20 ans et on accorde plus de crédit à 150 personnes dont on ne sait rien, est ce bien sérieux ? » (je résume le point de vue). Et j’ai relu l’avis différemment, ce qui m’a permis d’en relever la limite

Flash-Back

Faisons un détour par 2008. A ce moment, l’exécutif régional décide de convoquer quatre panels citoyens dans le cadre de la préparation de l’agenda 21 (des Pays de la Loire, donc, où je travaillais).

L’estuaire de la Loire, sujet d’un panel citoyen

Je ne me souviens pas des 4 sujets de panels citoyens, mais celui sur lequel je veux revenir concernait l’Estuaire de la Loire. C’est un espace de tension très particulier entre économie et environnement. D’une richesse écologique incroyable, il accueille également les fleurons de l’industrie régionale : aéronautique, construction navale, port autonome et son hinterland immédiat, etc. Notre question était (peu ou prou) : A notre place, vous feriez quoi ? Vous choisiriez l’économie ou l’écologie ? Ils ont écouté des experts 2 week-ends, et rédigé un avis le troisième. Et leur réponse a été : « on sait pas, à vous de faire le choix, mais faites en un et assumez-le ».

La Région leur demandait un avis d’expert, il nous ont rendu un avis citoyen : faites votre travail, et arrêtez de ratiociner.

Sur le moment, cette réponse m’est apparue comme un échec. Alors qu’en fait, c’est la question qui contenait l’échec en elle.
Les citoyens sont restés à leur place, de citoyens. Et pour éviter qu’ils nous répondent ainsi, le plus sage aurait été de leur demander un avis de citoyens. Et pas un avis d’experts.

Un avis de citoyens, pour une convention citoyenne

Quand on va voir les usagers des services publics, on recherche leur expertise d’usage. Bien entendu, leur opinion, leur imaginaire viendra interférer (et c’est tant mieux) mais notre démarche est claire.
Quand on demande leur avis à des citoyens, quand bien même élève-t-on leur niveau d’expertise sur un sujet, il est certainement bien plus raisonnable de leur demander un avis de citoyen qu’un avis d’expert.

Les panels sont censés être représentatifs (ils le sont, je me souviens de la difficulté de respecter tous les critères dans les compositions). Les faire débattre d’un sujet est donc l’opportunité d’obtenir une photographie assez juste de l’état de l’opinion, mais d’une opinion qui aurait été informée honnêtement des tenants et des aboutissants d’un sujet. Cet avis est donc précieux, s’il est sensé.

Les questions devraient donc certainement plus s’orienter vers des choses comme : comment faire pour prendre les mesures nécessaires pour…, quelles conditions faut-il à votre sens réunir pour…, qu’est ce qui vous semble marquant et décisif dans la constitution de votre point de vue sur le sujet … ? Plus que des « Que faut-il pour… ». Ne faisons pas comme si les experts n’avaient pas travaillé, et comme s’il n’y avait pas un état de l’art. Après, les opposants et les gardiens du dogme ont beau jeu de mettre en doute la légitimité de la convention citoyenne, quand bien même elle s’est déroulée dans des conditions irréprochables d’un point de vue déontologique.

Sur un avis citoyen, la question de la légitimité se serait posée différemment : il est difficile de reprocher à un citoyen d’avoir émis un avis au nom de sa citoyenneté, et encore moins à un panel qui a travaillé et débattu d’avoir émis un avis qui exprime une vision citoyenne construite.

2° tour des municipales en juin : reprendre ensuite contact dès que possible avec les citoyens

Dans un contexte de défiance générale envers les institutions, «Le maire est le seul élu qui conserve la confiance des Français», et cette élection, si elle se déroule vraiment(*), pourrait fragiliser durablement cette relation, étant donné les conditions dans lesquelles elle va se tenir.

Etait-ce la meilleure solution que de faire le second tour des municipales en juin ? Dorénavant peu importe. Mais l’impératif institutionnel pourrait avoir un dommage collatéral : la confiance dans les élus locaux. Reprenant là où ils l’ont laissé une campagne électorale conçue avant la crise sanitaire, les candidats à l’élection municipale seront de fait en décalage avec les nouveaux sujets de préoccupation de leurs électeurs.

Il va donc falloir, une fois l’élection passée, retourner voir les citoyens, en long, en large et en travers.

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Adresse à mes amis algorithmolâtres (ou pas)

Smart City, Big Data, Open Data, RGPD, l’actualité de l’action publique est numérique.
En ce qui me concerne, je n’ai rien à priori contre le numérique  (je suis tombé dedans quand j’étais petit), mais il y a certaines précautions à prendre, et de nombreux écueils qui se présentent aux  artisans de son déploiement dans l’action publique.

Tout le monde pense bien entendu à la protection des données, mais il est en train d’être résorbé. Et il y en a d’autres. J’en vois au moins quatre qui ressortent en ce moment dans mes lectures.

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