2° tour des municipales en juin : reprendre ensuite contact dès que possible avec les citoyens

Dans un contexte de défiance générale envers les institutions, «Le maire est le seul élu qui conserve la confiance des Français», et cette élection, si elle se déroule vraiment(*), pourrait fragiliser durablement cette relation, étant donné les conditions dans lesquelles elle va se tenir.

Etait-ce la meilleure solution que de faire le second tour des municipales en juin ? Dorénavant peu importe. Mais l’impératif institutionnel pourrait avoir un dommage collatéral : la confiance dans les élus locaux. Reprenant là où ils l’ont laissé une campagne électorale conçue avant la crise sanitaire, les candidats à l’élection municipale seront de fait en décalage avec les nouveaux sujets de préoccupation de leurs électeurs.

Il va donc falloir, une fois l’élection passée, retourner voir les citoyens, en long, en large et en travers.

Une élection sans campagne électorale

Soyons clairs : la loi d’urgence sanitaire ne permet pas de recommencer une campagne électorale. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le conseil scientifique COVID-19 :

C’est au point 2, donc…

Les réunions publiques sont impossibles, les manifestations sur la voie publique peu recommandées, et de toute façon on recommande aux gens de rester chez eux.
Et puis on n’invente pas d’autres modalités de campagne locale en 3 semaines là où elle se sont peu renouvelées ces 70 dernières années.

Pas question de réaliser de phase d’écoute des citoyens dans le délai et le contexte, donc.

Cela aurait pourtant été important…

entendre Les conséquences de la crise

Nous avons vécu/vivons un épisode éprouvant avec le confinement et le semi-confinement qui le suit. Des préoccupations sont apparues, d’autres semblent dorénavant bien futiles, et nous allons nous prononcer sur des programmes bâtis au coeur de l’hiver, quand on nous parlait d’une petite grippette asiatique qui ne viendrait pas jusqu’à nous…

Beaucoup d’entre nous en sommes aujourd’hui à « digérer » le confinement avec nos proches, et à nous adapter aux conséquences multiples du virus dans notre quotidien (organisation du foyer, école des enfants, travail, transports, …). Pour nombre de ces sujets, le maire a certainement des choses à nous proposer. Oui mais comment savoir exactement quoi, il est encore tôt, et tant de choses ont été dites, tant de contradictions de la parole publique, tant de polémiques dont on a pas perçu l’intérêt ont saturé notre quotidien…

Ce qu’on pourrait résumer dans : comment choisir ses représentants pour les 6 ans à venir, là, comme ça, quand on a été autant bousculé sur ses fondamentaux ? Il y a donc fort à parier que l’abstention soit élevée, par effet de décrochage civique, et ceci sans compter les abstentionnistes forcés (malades, personnes âgées, confinés à plus de 100 km, …).

Le problème de cette élection réalisée pour faire face à des contingences institutionnelles, c’est qu’elle méconnaît l’enjeu démocratique.

Et si on souhaite que perdure le fait que «Le maire est le seul élu qui conserve la confiance des Français», il faudra bien répondre, après les élections, à cet enjeu démocratique.

prendre langue avec ses concitoyens

En 2014, Grenoble a connu une quadrangulaire au second tour. Eric Piolle avait été élu maire avec moins de 20.000 voix (23% des inscrits) dans une ville de 150.000 habitants. Il a pendant tout son mandat multiplié les dispositifs de participation citoyenne, jusqu’ à un «droit d’interpellation et de votation d’initiative citoyenne» qui engageait la municipalité dès lors que la votation regroupait 20.000 votants. La raison de cet engagement fort ? Il ressentait la nécessité d’affermir la légitimité de son action par une participation citoyenne renforcée, quitte à prendre le risque d’être en désaccord avec les citoyens.

Ce qu’a connu Grenoble en 2014 va se répéter de nombreuses fois dans les 4900 communes où vont se dérouler des second tours : des équipes vont être « mal » élues, simplement de par les circonstances. En plus, elles vont être élues alors que le débat post-crise sanitaire n’aura pas eu lieu…

Il leur appartiendra donc

  • d’aller à la rencontre de leurs concitoyens, cet été, à la rentrée, pendant plusieurs mois,
  • d’apprendre à écouter encore plus que d’habitude,
  • d’utiliser la matière réunie, on ne peut pas refaire le coup des cahiers de doléances post gilets jaunes, et donc d’organiser le recueil pour qu’il soit exploitable,
  • d’assumer les parts d’incertitude que la période qui s’ouvre nous apportent, et de le dire clairement,
  • d’imaginer des dispositifs d’association des citoyens pour avancer ensemble dans le flou qui caractérise la période qui vient (prenant en compte l’enjeu du ROI citoyen dont je parlais voici 2 ans).
  • Et prendre des risques dans le dialogue citoyen, parce que le pire risque, encore plus dans la période à venir, sera celui de ne pas en prendre(**). Et le seul risque, le plus souvent, c’est celui d’une engueulade libératrice et fondatrice d’un nouvel élan.
c’est non seulement possible, mais attendu par les équipes

Bonne nouvelle : ils pourront s’appuyer sur des agents publics qui sont aujourd’hui avides de ces nouvelles formes de dialogues, comme le montre la multiplicité des expériences documentées par Riposte créative territoriale (le labo d’expérimentation du CNFPT pendant le confinement), et qui disposent d’outils à leur main, à l’image des 34 techniques pour faire de la recherche de terrain pendant (et après) la pandémie que la 27° Région a bien voulu partager avec nous.

Ils pourront aussi s’appuyer sur les acteurs qui auront saisi la complexité de la période qui vient. Ils sont faciles à reconnaitre : ils préfèrent s’attacher à délimiter les problèmes (les « wicked problems »), plutôt qu’à pousser des solutions toutes faites.

(*) Le premier ministre a indiqué que cette décision était réversible, selon l’état sanitaire du pays, ainsi que c’est indiqué sur le site vie-publique.fr
(**) Phrase attribuée alternativement à Mark Zuckerberg et Nicolas Sarkozy. Je ne sais qui créditer 🙂

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