Un bel anniversaire – les 10 ans de la 27° Région

La 27° Région fêtait cette fin de semaine  à l’école supérieure de design de Troyes son 10° anniversaire avec ses amis proches (enfin ceux qui pouvaient être là) : territoriaux, designers, chercheurs et praticiens en sciences humaines et compagnons de route en tout genre. C’était très chaleureux, drôle et émouvant aussi.

Et en plus c’était utile. Alors j’ai décidé d’en faire un billet, et pas un simple Tweet pour dire merci aux copains.

Stéphane Vincent a fait son bilan de ces 10 ans, dans le cadre d’un billet sur le site de la 27° Région, je vous laisse le découvrir. C’est lucide, honnête, humble et ambitieux en même temps. Tout ce qu’on aime.

Ces trois jours n’étaient donc pas l’occasion d’un bilan, ils étaient ancrés dans le futur . Étaient présents les pionniers, ceux qui ont porté « la 27 » sur les fonds baptismaux : Jacques-François Marchandise de la FING, le président Christian Paul, le directeur scientifique du 1° âge, François Jegou, et bon nombre des designers des premières résidences. Mais aussi ses premiers compagnons de route dans la territoriale, puis ceux qui se sont agrégés au fil du temps et tous les jeunes designers et chercheurs qui sont venus grossir nos rangs.

C’est vrai que pour moi qui me définissait comme un « petit » de la 27° Région dans ma conférence au Tedx de la Rochelle (un « petit » au sens de « faire des petits »), là j’étais plutôt dans la catégories des vieux. Plein de jeunes (par rapport à moi), qui maîtrisent parfaitement les concepts que nous nous efforçons de transmettre au quotidien, je dois dire que ça fait un plaisir fou.

En plus, on a bossé

Et ensemble, nous avons fait ce que nous savons le mieux faire : débattu, essayé d’imaginer des propositions, documenté notre travail. C’est rien de dire que la mayonnaise a pris : alors que le soleil, la beauté des lieux, les chaises longues, la tireuse à bière, etc. auraient dû nous attirer du côté obscur de la flemme, nous avons bossé. Parce qu’il y avait un programme, et dense en plus :

Notamment, les ateliers du 2° jour (le matin on réfléchit, l’après midi on produit : on se serait cru au boulot…), étaient particulièrement passionnants. A tel point que c’était difficile de choisir parmi eux (en cliquant sur l’image ci-dessus, vous aurez le programme complet).

Concevoir quand c’est la crise

J’ai fini par m’intéresser au design des crises (le titre exactde l’atelier, c’était : concevoir dans un monde incertain). La démission de Nicolas Hulot deux jours avant, et le papier qu’elle a inspiré à Claude Askolovitch ont un peu guidé mes pas. Enfin je n’ai pas découvert le sujet mardi non plus, j’avais d’ailleurs fait un papier sur le design et la transition voici quelques mois : Rendre populaire la transition énergétique . Mais c’est vrai qu’il me semble s’imposer fortement à notre agenda.

Nous avons eu 3 présentations :

  • une de la mission résilience de la Ville de Paris par Noémie Fompeyrine (la ville vient d’adopter une stratégie de résilience, et qu’on ne me dise pas que c’est du gadget avec l’été caniculaire qu’on vient de vivre),
  • une autre sur les enjeux urbanistiques des villes qui perdent des habitants par Yoan Miot, enseignant-chercheur à Marne la Vallée, particulièrement éclairante sur notre incapacité juridique et psychologique à faire face à l’idée même de décroissance, sauf à y être acculés,
  • une sur un projet de « moines-soldats » du design de l’action publique, présentée par Agathe Chiron : comment forcer la main à des acteurs publics pour redonner vie et utilité à un bâtiment désaffecté en plein centre ville d’Avignon. A travers une résidence longue et en mobilisant qui le voulait bien. Ça s’appelle le tri postal et c’est un projet de fou.

La mission résilience de la Ville de Paris a eu sa petite heure de gloire cet été avec son idée de dégoudronner les cours d’école pour faire des ilots de fraicheurs en ville, ce qui ne sera pas du luxe les prochains étés si ils sont (puisqu’ils seront) à l’image de celui que nous venons de vivre. Sa présentation m’a rappelé l’intérêt d’avoir des grosses collectivités qui défrichent des nouveaux sujets et travaillent par la même pour la communauté. A force d’entendre tout le monde dire du mal des métropoles (j’ai la liste), on finirait par l’oublier.

Quand Yoan nous a exposé tranquillement que les codes de la construction et de l’urbanisme étaient fait pour construire, ou détruire et reconstruire, mais pas pour faire face à des vacances, a commencé à germer une idée dans mon esprit. Déjà, les explications (ou plutôt les silences) de Noémie sur la difficulté à embarquer la communauté éducative quand il faut ouvrir les cours d’écoles à tout le monde en cas de canicule m’avait alerté. Puis Agathe nous a raconté les difficultés à jongler entre les administrations, les lignes budgétaires, etc. et comment il avait fallu hacker le système pour obtenir le moindre résultat. On appelle ça de l’agilité. Mais c’est aussi du temps perdu, non ?

La maison brûle, et nous comptons les trombones

Le concept du hacking bienveillant nous anime tous. On aime bien ça, on en rigole, on se raconte des trucs qu’on a employé. Un de mes premiers papiers se moquait gentiment des DSI qui multiplient bien souvent les obstacles au quotidien (pour des raisons de sécurité, j’ai compris) alors que les gens utilisent leurs portables, ouvrent des drives ou des dropbox, etc. et que finalement c’est grâce à eux qu’ils s’initient au hacking bienveillant (contourner/adapter la règle dans sa lettre mais jamais son esprit).

Sauf que là il y a des incendies de forêt dans le cercle polaire, et les inégalités se creusent partout. Des solutions agiles sont impossibles, à cause de rigidités qui ont été instaurées certainement pour de bonnes raisons, mais qui sont trop handicapantes aujourd’hui. Peut être serait-il temps pour nous, sans stopper en aucune façon cette pratique de hacking bienveillant, de prendre le temps de collationner les normes les plus rigidifiantes, ainsi que celles qui n’ont plus de sens à l’heure de la transition écologique, et de s’armer pour les faire modifier. Faire du lobbying, quoi. Comme les chasseurs !
Tout comme il serait temps que les défenseurs-des-oiseaux-pour-pas-avoir-d-eoliennes et autres opportunistes de tout poil se voient privés de moyens d’agir quand il est manifeste qu’il ne s’agit juste que de gagner du temps.

L’après-midi de ce vendredi, nous avons travaillé sur les nouveaux métiers des administrations à l’heure des crises. Celui de « retranscripteur » (qui transforme les initiatives des citoyens et des acteurs en actes administratifs déclencheurs de soutien public, bref hackeur en chef) est sorti, parmi d’autres tout aussi inspirants, qu’on pourrait d’ores et déjà presque créer dans les équipes territoriales. Ce ne sont pas les idées qui manquent pour changer les choses.

les autres ateliers

Un des autres ateliers de cette journée s’est construit autour des « administrations dans les réalités alternatives de la science-fiction », autant vous dire que nous avons été bien moins imaginatifs qu’eux. D’autres ont également travaillé sur l’administration libérée, sur le design de la démocratie, sur les délaissés de l’action publique, ou sur la domestication de l’innovation publique par la pensée administrative (en délaissant au passage toute subversion)…

Toutes ces travaux montrent bien

  1. qu’on en a encore sous la pédale !
  2. que le design n’est pas là seulement pour trouver des solutions, il peut aussi anticiper des problèmes.

Je suis sorti de cette restitution autour du grand baobab en palettes (ci-dessus) confiant en l’avenir. Il nous appartient de porter plus loin notre message, de re-designer le coeur de grandes politiques publiques, de peser sur les transitions, les rendre vivables et même désirables. Et nous en avons, tous ensemble, les forces.

Le message que nous a passé la métropole de Lille sur 2020 (Lille, capitale mondiale du design), son envie de faire des choses avec la communauté de l’innovation publique à cette occasion va bien dans ce sens. Bientôt, commencer par aller voir les usagers pour penser une action publique sera quelque chose de normal. J’en suis certain.

tiens si on se donnait rendez vous avant 10 ans ?

En conclusion, ce genre de moment est crucial. On a bien compris l’investissement incroyable de l’équipe de la 27° Région pour arriver à nous faire vivre un moment comme ça (merci, bravo, coeur avec les doigts), et qu’il n’est pas possible pour eux de se donner cette charge de travail très régulièrement, mais il ne sera pas non plus possible d’attendre 10 ans de plus. Donnons nous des opportunités de se voir, c’est tellement prolifique. Comment, je n’en sais rien. Tiens, ben, on aurait qu’a faire un atelier avec des Post-it 🙂 …

En attendant, mon message à la 27° Région :