« Si la personnalisation est un leurre, alors la collecte de nos données est inutile »

C’est un intertitre tiré d’un article d’Hubert Guillaud, le rédacteur en chef d’Internetactu.net : « Comment nous passer de la personnalisation ? ». Un site que je recommande à tous ceux qui veulent comprendre la société actuelle.

Je suis tombé dessus juste après avoir relu les recommandations de la CNIL (Commission Nationale Informatique et Libertés) aux collectivités locales pour faire face aux impacts du Règlement Européen sur la Protection des Données (RGPD). Ce règlement entrera en vigueur en mai 2018, et, mis à part les grosses collectivités, peu d’entre elles seront prêtes à temps.  Il s’agira, selon l’article en ligne ci dessus d' »adopter et (d’)actualiser des mesures techniques et organisationnelles leur permettant de s’assurer et de démontrer à tout instant qu’elles offrent un niveau optimal de protection aux données traitées« .  Y compris pour la liste des enfants de la cantine ou les bénéficiaires du CCAS.

Autant dire que tout ce qui pourra faciliter la tâche sera le bienvenu. Et, fondamentalement, ce que nous dit InternetActu.net me semble aller dans ce sens.

Que dit l’article  d’Hubert Guillaud ? Que le mythe de la personnalisation fait engranger aux grandes organisations des tonnes de données sur les gens (le big data) qu’elles sont en définitive incapables d’exploiter pour offrir des solutions personnalisées. Même les grands de l’Internet nous catégorisent, mais ne nous individualisent pas. Alors avant qu’on y arrive nous…

Or, le RGPD demandera des dispositions lourdes aux collectivités :

  • favoriser par principe les menus déroulants ou les cases à cocher plutôt que les zones de commentaires libres sur les formulaires de collecte et dans les bases de données internes, pour limiter dès le départ le nombre et la nature des données enregistrées ;
  • restreindre au maximum les droits d’accès informatiques aux données et les opérations susceptibles d’être réalisées ;
  • pseudonymiser les données toutes les fois où leur exploitation sous une forme identifiante n’apparaît pas nécessaire à la satisfaction du besoin ;
  • appliquer un mécanisme automatique de purge des données à l’issue de la durée de conservation nécessaire à la réalisation de la finalité.

Dans ces conditions, la course au big data qu’on vend aux collectivités devient un véritable casse-tête. A chaque nouvelle action (téléservices, Open data, Systèmes d’information géographique, Cloud computing, compteurs intelligents, réseaux sociaux, lecture automatique de plaques d’immatriculation, que sais-je encore) il faudra se conformer au REPD.

L’innovation technologique c’est bien, l’innovation humaine, aussi

Pour beaucoup d’entre elles, il vaudra donc certainement mieux se concentrer sur les quelques listes indispensables au fonctionnement de la collectivité, de façon à en assumer la maintenance au mieux.
Elle se priveront ainsi de l’innovation technologique pour rendre un service  personnalisé. Est ce bien grave ? Manifestement, à lire l’article d’InternetActu.net, ce n’est pas sûr.

Un autre élément va dans le même sens les 7 principes pour un gouvernement du 21° siècle développés par l’organisation pourtant très digitale « code for America » (partagés – une fois de plus par InternetActu.net). Avant d’en venir à des principes très technologiques, les 3 premiers sont :

  1. Concevoir pour les besoins de la population. L’enjeu est ici de concevoir des services publics traitant tous les citoyens avec “respect, empathie et dignité”, qui comprennent les besoins et les comportements des gens et qui se construisent par un retour continu auprès de ceux auxquels ils s’adressent.
  2. Assurez-vous qu’il soit facile pour tout le monde de participer. Et ce quel que soit la langue ou les capacités des gens impliqués, en utilisant un langage et des outils qui soient faciles à utiliser, en ligne comme hors ligne.
  3. Ne faites pas tout ! Les autorités ne peuvent pas tout faire. Face à des problèmes complexes et dotés de ressources limitées, elles doivent donner la priorité aux travaux où elles peuvent avoir le plus d’impact et le faire en collaborant avec les gens.

Les humains d’abord. Les données ensuite. Voilà un bon ordre des choses.

Quand il s’agit d’apporter le service le plus adapté aux usagers, on peut y arriver (enfin peut-être) par le traçage numérique, mais on peut surtout le faire en allant directement lui parler ! Donc plutôt que d’acquérir des innovation technologiques, on fait aussi bien d’acquérir la culture de l’innovation publique. En plus, elle n’a pas d’obsolescence programmée !

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