MOOC innovation publique : bilan à mi parcours

Ce vendredi nous avons animé la séance de mi-parcours du Mooc Innovation Publique du Cnfpt, pour les plus acharnés, ceux qui sont capables de passer une heure avec nous pour échanger sur toutes ces questions. Malgré un agenda de fin d’année qui est toujours surchargé (on est entré dans les to-do lists d’avant les congés d’été, on le sait, pardon).

Un peu plus de 3200 inscrits à l’heure où j’écris ces lignes, mais aussi une bonne cinquantaine de discussions en cours sur le forum, une bonne quinzaine de projets collaboratifs connus de nous (et combien inconnus? Par définition, c’est difficile à jauger…), sur au moins 3 continents, bref, les métriques du Mooc sont bons, comme on dit en management, et nos donneurs d’ordres doivent être contents.

Mais nous on est pas trop métriques, on est plus « sensations ». Et elles sont là aussi : nous touchons des publics que nous ne voyons pas d’habitude, dans des plus petites collectivités, plus esseulés (c’était un de nos personas, on est très contents), des projets intéressants émergent et on prend du plaisir dans les échanges. Donc c’est parfait.

L’envie de bien faire des fonctionnaires

Je reviens souvent à cet article de Claire Edey Gamassou sur theconversation.com : « Les fonctionnaires territoriaux, tous fainéants, vraiment ?« , mais c’est parce que cette universitaire étaye quelque chose que je ressens profondément, à propos des agents des collectivités : « Ce qui les fait tenir ? Leur motivation pour le service public, (…). Ou, dit autrement, leur souci de l’intérêt général.« .

Nous en avons ici une illustration. Les milliers (oui oui, on peut dire LES, c’est quand même fou quand on y pense) de personnes qui prennent de leur temps malgré un agenda dense pour essayer de comprendre pourquoi et comment innover dans leur quotidien démontrent la richesse incroyable de l’action publique locale. Enfin une des richesses, à mon avis, les 550.000 élus locaux, dont la plupart ne sont pas ou si peu indemnisés, en constituent l’autre partie.

La performance recherchée est pour leur institution, plutôt que pour eux directement. Ils n’ont d’ailleurs souvent que des coups à prendre. Et on ne s’en est pas caché : dès la seconde étape du MOOC, nous avons exprimé très clairement que s’il existait un discours qui glorifiait l’innovation, la culture des organisations, et particulièrement des organisations publiques, créait un réflexe d’auto-défense dès lors qu’on passait du discours sur l’innovation aux actes concrets qui venaient la bousculer. Et que ça allait pas être facile ! Mais les satisfactions qui vont avec outrepassent largement les désagréments. Promis, juré.

L’esprit du Mooc : partager et débattre. Se former ensemble, quoi.

C’est l’esprit du MOOC innovation publique : prendre les choses avec légèreté et distance, mais non sans aller au fond des choses. C’est pourquoi nous avons d’ailleurs créé un rendez vous hebdomadaire sur le forum avec une controverse, dont les sujets ouvrent des débats :

  • Le numérique est-il indissociable de l’innovation publique ?
  • Faut-il transgresser pour innover ?
  • Faut-il associer ses opposants à son projet ?
  • Comment rencontrer des usagers pour apprendre et non pas pour confirmer son point de vue ?

Et nous voyons des points de vue s’exprimer, des agents publics partager des expériences avec leurs collègues, des associatifs nous donner leur ressenti, bref on apprend les uns des autres. En toute horizontalité.

Tout cela ne fera pas des spécialistes du design de l’action publique dans des milliers de collectivités de notre pays, mais des agents qui rentrent dans un parcours qui les poussera à rechercher systématiquement le sens de ce qu’ils font (et à l’expliciter), à ne jamais prendre les usagers pour variable d’ajustement dans leurs projets, à chercher des solutions qui peuvent, tant qu’elles respectent l’esprit du service public, parfois flirter un peu avec le cadre et la lettre des règlementations.
Et, on l’espère, à ne pas hésiter à recontacter demain les gens qu’ils ont croisé sur le Mooc pour demander un conseil ou un coup de main. Intégrer une communauté apprenante, comme c’est le cas pour nous, ainsi que je l’ai expliqué dans un article précédent. Et c’est déjà très bien.

La suite ? On verra bien

Il nous reste trois semaines, une sur la créativité, où nous allons essayer de dédramatiser la question, une sur le prototypage et le test, où nous allons promouvoir ce que certains pensent être un outil alors qu’il est en fait un mode de pensée, et une sur la narration. Puis ce sera l’été et les universités d’été de l’innovation publique.

Est-ce que tout cela deviendra pérenne ? Il est trop tôt pour le dire. Nous, en tout cas, on sera content si on a réussi à combattre des idées reçues et aidé des agents publics à se lancer, même modestement, même imparfaitement, même sans garanties sur la durée, à repenser leur action en partant des usages et des usagers. Et peut-être à faire grossir un peu plus la communauté des innovateurs publics. Jusqu’au point de bascule, où co-construire une politique publique sera banal et prototyper un dispositif une chose commune #IHaveADream.

En attendant, on continue à s’amuser à faire tout ça, à apprendre tout les jours en échangeant avec nos nouveaux amis et à interagir avec plein de gens qui aiment le service public autant que nous.

Nous avons filmé notre séance de Visio de ce matin, si vous avez une heure devant vous, elle est là :

Pendant la séance, comme pour le reste du Mooc, c’est Sandrine Barret à la facilitation graphique. C’est rien de dire que ça aura été un élément déterminant dans l’esprit qu’on réussit à faire passer.