La note de synthèse et la culture de l’innovation

Lorsque j’ai organisé un atelier de design thinking avec IDEO à Nantes pour des responsables économiques et territoriaux des Pays de la Loire, mon interlocuteur, Alex Castellarneau,  a beaucoup insisté pour que je trouve des utilisateurs extrêmes à faire rencontrer aux participants de l’atelier. Le sujet étant le numérique, il fallait des personnes fondues de technologie, ou au contraire qui s’en passait facilement. Il me disait : « tu comprends, pour trouver des innovations, il faut aller aux marges du sujet traité, c’est la seule façon de trouver des idées nouvelles« .

Quel rapport avec la note de synthèse ? Elle est tout le contraire : on élimine tout ce qui est aux marges pour se concentrer sur l’essentiel. Or, la note de synthèse est consubstantielle de la fonction publique. Elle est au menu de nombreux concours (si propices à la créativité, voir photo), et elle constitue un exercice quotidien pour de nombreux cadres.

Bref, pour devenir fonctionnaire, puis après dans son travail quotidien, on s’entraine à écarter l’innovation !

Je suis tombé sur une fiche pratique de la Gazette des communes qui explique le principe de la note de synthèse. Il explique le principe : passer d’un dossier de 30 pages d’infos à un texte rédigé de 4 pages de synthèse, et les documents qu’on va trouver dans le dossier :

  • Les documents pivots qui contiennent l’essentiel des informations sur
    une question
  • Les documents complémentaires qui précisent certains aspects du dossier
  • Les documents redondants qui permettent de mieux comprendre mais ne sont pas à citer dans la note de fin
  • Les documents parasites qui ont pour but d’induire le candidat en erreur.

Bref, il faut aller à l’essentiel, et ce qui n’est pas essentiel est parasite !

Mais pour trouver l’inspiration, il faut justement faire exactement le contraire. Glaner des signaux faibles, aller voir les utilisateurs extrêmes cher à mon ami Alex, utiliser des techniques comme le SCAMPER, qui « concasse » la réalité pour pouvoir créer des nouveaux horizons, déceler des insights inspirants et les relier entre eux pour trouver de nouvelles idées (comme les astronomes grecs ont dessiné des constellations en reliant les planètes dans le ciel).

Pour qu’un agent public puisse faire preuve de créativité, il faut donc qu’il sache passer outre la culture de la note de synthèse. Non pas qu’il la désapprenne, mais qu’il en acquiert une autre, celle de l’innovation publique, qui passe par la curiosité, l’empathie, la recherche du signal faible.

Bonne nouvelle, cette nouvelle culture s’apprend facilement pour peu qu’on lui donne l’opportunité de fleurir.

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