De l’éthique et du design – un afterwork des designers éthiques

Le collectif des designers éthiques m’avait convié à parler sur le sujet : Ethique et design ce mercredi 18 octobre à READI, le labo numérique de l’école de design Nantes Atlantique.

C’était l’occasion pour moi, qui ne suis pas designer, de parler des points de rencontre entre le design et l’éthique que j’avais pu déceler dans mon expérience professionnelle. Mais un article d’InternetActu.net m’a fait modifier mon propos.

J’ai donc parlé de ces points de rencontre, mais j’ai également attiré leur attention sur quelques dérives de l’action publique, nées du « désalignement » entre l’éthique personnelle et les pratiques professionnelles, qu’on peut parfaitement transposer dans le design.

Je m’étais donné comme objectif de passer trois idées-forces au public présent. Qui était nombreux, bravo à l’organisation.

1. Le design, c’est fait comme l’éthique

Dans sa méthode la conception, le design emprunte le même chemin que l’éthique : dans un cas comme dans l’autre, on se forge une opinion en la nourrissant de ce qu’on sait, de ce qu’on ressent comme juste (au sens justesse et même justice), des apports qu’on va sentir nécessaires pour pouvoir compléter son opinion (observations, documentation, entretiens, …), on tord le questionnement (ou la problématique) et on apporte une solution seulement ensuite.

Dit comme ça, ça semble évident, mais on peut faire complètement autrement, dans un cas comme dans l’autre. Le contraire de l’éthique, c’est le cadre moral strict qui édicte des règles pour tout, auxquelles ont peut se référer à chaque instant, ce qui peut être confortable d’ailleurs. Le contraire du design, eh bien je vous laisse le trouver vous-même, mais disons qu’il existe bon nombre d’acteurs qui, face à une problématique, se pose avant tout la question de savoir comment leur(s) solution(s) propre(s) pourrai(en)t éventuellement y répondre. Je ne donnerai pas de noms !

Conclusion : le design est fait pour être éthique, puisqu’il se construit pareillement.

2. Les joies de l’expérience utilisateur et l’éthique


En reprenant mon image fétiche (à laquelle j’ai consacré un billet ici), je leur ai parlé de ce que le design nous apprend dans l’action publique. Dans un monde où des esprits brillants proposent des solutions brillantes (en théorie), l’observation, l’immersion, mais aussi le prototype ou encore le test, enfin nombre des techniques liées au design nous apprennent l’humilité de la pratique.

L’action publique, ce n’est pas d’appliquer ses grandes théories, c’est de rendre le meilleur service, le plus utile, le plus compréhensible, le plus honnête, le plus durable. Ce qui ressemble furieusement aux 10 principes du bon design de Dieter Rams, qui à mon sens proposent une éthique du design à eux tout seuls.

Le design entretient l’éthique

Enfin, en repartant d’un article lu dans theconversation.com (« Les fonctionnaires territoriaux, tous fainéants, vraiment ?« ), je leur disais que l’éthique était ce qui faisaient se lever les fonctionnaires le matin pour aller travailler. Et que ce que nous arrivons à faire avec l’innovation publique, c’est les reconnecter avec l’intérêt général (leur éthique, donc) à travers le retour à l’usager.

On peut parfaitement perdre de vue l’usager, quand on grimpe dans la hiérarchie. Mais retourner les voir est toujours une source d’inspiration (et au passage une opportunité de mieux comprendre le travail des équipes). Avec le design, les agents publics s’assurent d’incarner leur action, de lui donner un caractère concret. Bref l’éthique est un moteur, et le design a tout une panoplie d’outils qui peuvent empêcher qu’il ne s’encrasse !

Sur ce dernier point, j’étais en parfait résonance avec mon successeur au micro, Cyrille Cerceau de Semenia, qui a parlé design, éthique et management, tel Simon Sinek dans sa quête du « why » (allez voir le Ted si vous ne le connaissez pas). C’est l’occasion de parler également du premier intervenant, Pablo Barral, de l’agence Wouep !, qui nous a parlé de Green It et de design, et de comment, concrètement, vendre le green en appuyant sur le bénéfice utilisateur. Pour le bien de tout le monde.

Mais au delà de ça, et c’est donc l’article d’Hubert Guillaud que je citais au début qui m’y a poussé, j’ai attiré leur attention sur le danger du désalignement entre son éthique personnelle et son éthique professionnelle en parlant de la situation des élus de notre pays.

is webdesigner the new politician ?

Il n’y a pas que les fonctionnaires qui se lèvent le matin au nom de l’intérêt général. Les élus aussi. S’ils se sont engagés et ont accepté de gérer la vie commune, c’est avant tout au nom de valeurs, d’engagements, d’éthique. Et puis, pour gagner des élections, quelques uns prennent quelques libertés avec tout ça. Oh, pas bien graves. Et puis, même quand elles sont évidentes, d’autres ne reconnaissent pas leurs erreurs. Et puis d’autres encore cèdent à la facilité, par lassitude, besoin de temporiser ou parce qu’ils ne trouvent tout simplement pas de solutions. Et à la fin on finit avec 13% d’opinions favorables dans l’opinion et la profession la plus détestée du pays. Et la pente à remonter est rude et semée d’embûches…

Ceux qui participent de l’économie de l’attention, qui utilisent tous les artifices possibles et imaginables pour

  • qu’on reste le plus longtemps possible sur des sites,
  • qu’on achète le plus facilement possible,
  • qu’on restreigne le champ des informations qui nous arrivent pour nous installer dans un confort virtuel,
  • etc.

en transigeant ainsi avec leur éthique personnelle  « parce que les GAFAs le font » prennent exactement le même chemin.

Devant un public majoritairement composé de designers d’interfaces hommes-machines, à l’heure des fake-news, des Tweetclashs, des IA qui font n’importe quoi et des algorithmes qui t’enferment, c’était une analogie bonne à rappeler, ce me semble. Je crois même qu’on peut transposer l’analogie pour les autres disciplines du design.

Les designers éthiques ont fait un live de cette soirée, pour les plus courageux :

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