La convention citoyenne d’Occitanie pour augmenter le plan de transformation régionale

Jeudi 10 septembre prochain, à l’Hôtel de Région de Toulouse, 100 citoyens d’Occitanie tirés au sort vont se pencher sur le plan de sortie de crise du Conseil régional. Ce sera une démarche originale – une première au niveau régional – mais aussi logique au regard de la dynamique enclenchée depuis 4 ans du côté des innovations démocratiques.

Je me suis retrouvé embarqué dans cette aventure un peu par hasard, et je vais essayer de la raconter pendant le mois qui vient, en essayant de garder une certaine distance, malgré ma participation active. La « documenter », comme on dit dans nos métiers.

l’aboutissement d’une démarche globale

Quand on veut susciter de la participation citoyenne dans une Région, un élément supplémentaire s’impose par rapport aux communes ou aux départements : la superficie. L’Occitanie, c’est 72 000 km² (13 pays de l’Union européenne sont plus petits…).
De ce fait, les concertations sont difficiles à mener, il faut faire appel au numérique le plus souvent. La Région Occitanie a monté ainsi ses dispositifs dès le lendemain de sa création en 2016 pour donner la parole au citoyens. :

  • budgets participatifs aux montants conséquents,
  • consultations en ligne,
  • commissions citoyennes,
  • et un dispositif de votation d’initiative citoyenne lancé récemment .

Par ailleurs, elle a intégré le design de services et les usagers dans ses processus de création ou revisite de politique publique, et cherche à associer les citoyens « en vrai » quand elle le doit. Ainsi, pour sa démarche de prospective « Occitanie 2040 », elle a monté un Mooc pour informer largement les citoyens qui pouvaient réagir en ligne ou dans des ateliers. Une première.

Bref, on est loin d’une démarche qui sort du chapeau : la Région s’intéresse aux usagers et aux citoyens de façon régulière . Ce qui rend d’autant plus intéressant l’exercice, avec des acteurs qui ont compris l’enjeu de la participation citoyenne et sont capables de laisser les choses se faire sans multiplier les biais.

Une convention citoyenne régionale pour éclairer le « comment faire »

Aujourd’hui, avec Occitanie 2040, la vision des futurs envisageables est écrite, reste à choisir le chemin pour arriver au meilleur possible.

La convention a pour objectif d’obtenir un avis citoyen éclairé sur les mesures qui peuvent permettre à la région de faire face aux enjeux des prochaines années.
Les enjeux, tout le monde les connaît, et ils sont apparus d’autant plus forts à l’occasion de la crise sanitaire.

L’idée dans ce cas est que pour faire le tour de la question, on a besoin des experts, mais on a aussi besoin de débat. Parce ce n’est pas tant ce qu’il faut faire qui est ici important, mais comment on va le faire.

Philippe Silberzahn vient de rappeler dans un article récent : Transformer le monde: quelle leçon tirer de l’aveu d’impuissance de Nicolas Hulot? (ce dernier étant ciblé du fait de son récente interview dans Paris-Match, mais c’est valable un peu pour tout le monde…).

Il y cite fort à propos Saul Alinsky, qui résume les choses ainsi :  » Que nous acceptions le monde tel qu’il est n’affaiblit en rien notre désir de le transformer en ce que nous croyons qu’il devrait être – il est nécessaire de commencer là où le monde est si nous voulons le transformer en ce que nous croyons qu’il devrait être. « . Être volontaire n’empêche pas d’être pragmatique : il faut trouver les dosages, accepter les compromis, partir du monde réel pour construire une démarche qui sera couronnée de succès.

Dans ce cadre, écouter un panel représentatif de citoyens qui a fait l’effort de comprendre la situation est un choix intéressant : la clé du comment, c’est certainement eux qui la détiennent, au sens où ils sauront dire ce que les citoyens peuvent entendre dans les changements à mener, ce sur quoi il faut les accompagner et là où se dressent des obstacles dans les comportements et les convictions. Mais aussi (et c’est beaucoup plus le cas qu’on ne le croit), sur quels sujets ils sont très en avance sur les institutions. En tout cas, je ne vois pas de façon de s’approcher plus de ce que pourrait penser une opinion publique éclairée dans sa globalité.

une convention citoyenne régionale, des idées à l’action

L’avantage de réaliser une convention citoyenne à ce niveau de décision, c’est que les effets peuvent être bien plus rapides que ce que l’Etat peut produire. Les Régions ont la main sur l’économie, et peuvent donner des orientations claires à travers leurs financements, favoriser des choix, des stratégies, des investissements. En outre, elles coordonnent l’aménagement du territoire, s’occupent de formation des adultes et de mobilités.
Ce qui sera produit par les citoyens en Octobre nourrira la votation citoyenne qui suivra dès novembre (j’y reviendrais) comme le Plan de transformation qui sera voté à la suite (avec ses engagements budgétaires immédiats).
De la réflexion au plan d’action en circuit court.

Ce sera une des grandes différences avec la convention citoyenne pour le climat, dont les propositions doivent entrer dans un agenda gouvernemental, puis vivre le parcours traditionnel d’un projet de loi depuis les premières esquisses jusqu’aux décrets d’application en passant par les débats et votes des deux Assemblées. Ce qui se compte en mois, voire en années…

La première session qui débute jeudi sera l’occasion pour les membres de la convention de prendre la mesure des enjeux, géographiques, économiques, sociaux, environnementaux, …
La seconde celle d’approfondir la vision en auditionnant des personnalités extérieures choisies par les membres de la convention,
Enfin le dernier samedi, en octobre, permettra aux membres de la convention de présenter leur avis.
Comme praticien de la participation citoyenne depuis 15 ans, j’ai hâte d’y être..

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